DSM-V : mieux dépister les enfants ou adolescents susceptibles de développer des troubles bipolaires à l’âge adulte

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Il n’existe pas encore de recommandations spécifiques pour l’évaluation et le diagnostic de la bipolarité chez l’enfant et l’adolescent en France. Une équipe niçoise a donc utilisé les critères diagnostiques du DSM-V pour mesurer la prévalence du diagnostic de troubles bipolaires, ainsi que le nombre de récidives de tentative de suicide (TS) chez des enfants et adolescents ayant été hospitalisés pour TS.

Méthodologie

  • Cette étude en soins courants a mesuré la prévalence du diagnostic de troubles bipolaires dans une population d’enfants et d’adolescents de 6 à 18 ans ayant fait une tentative de suicide et ayant été admis en urgence au sein des hôpitaux pédiatriques de Nice pour une durée minimale de 72h.
  • Une évaluation des sujets était réalisée à l’inclusion. Les données socio-démographiques étaient recueillies et une évaluation standardisée du diagnostic psychiatrique était réalisée selon les critères du DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) pour les troubles bipolaires (traduction personnelle après accord de l’auteur) et du DSM-IV-R pour les autres troubles psychiatriques.
  • Les sujets étaient ensuite répartis en deux groupes, bipolaires et non bipolaires.
  • Les récidives de TS étaient évaluées à 3 et 12 mois de suivi et une nouvelle évaluation diagnostique était réalisée à 12 mois dans les deux groupes.
  • Critère principal d’évaluation : taux de récidive de tentative de suicide à 3 et à 12 mois.

Résultats

  • 26 sujets ont été inclus dans l’étude, 22 filles et 4 garçons. L’âge moyen était de 14,5 ans (11-18). L’intoxication volontaire par absorption de médicaments était la modalité de TS utilisée par 80% des suicidants.
  • Des antécédents familiaux psychiatriques étaient présents chez la moitié d’entre eux et de suicides chez un quart d’entre eux. Plus de 40% présentaient des antécédents de maltraitance physique et sexuelle.
  • Parmi ces 26 sujets, 5 (19,2%) ont été diagnostiqués bipolaires à l’inclusion selon les critères du DSM-V : 1 type 2, 1 type non spécifique (NS) à cycle rapide, un type NS et 2 cyclothymies.
  • Les diagnostics DSM-V étaient stables à 12 mois pour 3 des 4 patients bipolaires réévalués.
  • Il n’y avait pas de concordance pour le diagnostic de bipolarité entre le CIM-10 (classification statistique internationale des maladies) du dossier source des patients et l’évaluation selon le DSM-V réalisée au cours de l’étude.
  • Aucune récidive de TS n’a été enregistrée chez les patients bipolaires à 12 mois, en revanche 45% des sujets non bipolaires ont récidivé. Ces résultats pourraient s’expliquer par le fait que tous les patients bipolaires ont bénéficié d’un suivi pédopsychiatrique plus rapproché et pour 3 d’entre eux, d’un traitement thymorégulateur. De plus, aucun des patients bipolaires ne présentait de critères de gravité.
  • Dans le groupe de sujets non bipolaires, les récidives de TS ont concerné 9 sujets, dont 6 disposaient d’un diagnostic psychiatrique à l’inclusion. Les facteurs de risque associés aux récidives étaient le sexe féminin, les antécédents de TS, les antécédents de maltraitance et d’abus sexuels et une pathologie psychiatrique (en particulier la dépression).

Limitations

Cette étude porte sur un échantillon de taille réduite et une proportion importante de patients a été perdue de vue à 12 mois de suivi (6/26).

La durée limitée du suivi de 12 mois n’était peut-être pas suffisante pour observer l’évolution des troubles bipolaires et les TS.

À retenir

La non concordance des diagnostics de bipolarité entre classification CIM-10 et DSM-V indique qu’une évaluation standardisée selon les critères du DSM-V pourrait permettre d’affiner le diagnostic des troubles bipolaires, notamment en identifiant mieux les cyclothymies et les troubles bipolaires non spécifiques qui constituent des populations à risque majeur d’aggravation. De plus, le diagnostic de trouble bipolaire apparaît stable à moyen terme. Ce type d’évaluation prend tout son intérêt pour dépister les enfants ou adolescents susceptibles de développer des troubles bipolaires à l’âge adulte, et pourrait favoriser une prise en charge plus ciblée.