Drépanocytose chez les afro-américains : peut-on se fier à l’HbA1c pour évaluer la glycémie ?

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L’HbA1c permet d’évaluer l’équilibre glycémique sur les trois derniers mois, mais qu’en est-il chez les patients dont les hématies sont incurvées en forme de faucille (HbS) du fait d’un défaut génétique (drépanocytose). Les hématies HbS ont une durée de vie plus courte et sont donc exposées moins longtemps à la glycation. De ce fait, l’HbA1c peut ne pas refléter la glycémie de la même façon chez les individus atteints de drépanocytose que chez les individusindemnesde la maladie. Or l’HbA1c est fréquemment utilisée pour dépister, diagnostiquer ou suivre les patients atteints de diabète ou de pré-diabète. La question se pose particulièrement dans la population afro-américaine dont 8 à 10% des sujets sont atteints de drépanocytose. Il était donc intéressant d’évaluer l’association entre drépanocytose et HbA1C chez des sujets afro-américains et de vérifier la corrélation de l’HbA1C avec d’autres mesures de la glycémie.

 Méthodologie

  • Une étude de cohorte rétrospective a collecté les données de 7.938 participants vivant en collectivité issus des études The coronary Artery Risk Development in Young Adults (CARDIA) et Jackson Heart Study (JHS).
  • Dans ces deux études, la glycémie à jeun était mesurée à chaque visite de suivi. Dans l’étude CARDIA, un test de tolérance orale au glucose (hyperglycémie provoquée par voie orale, HGPO) était également réalisé.
  • Les participants d’origine africaine de l’étude CARDIA (n=2.637) avaient bénéficié de deux visites de suivi au maximum entre 2005 et 2011, ceux de l’étude JHS (n=5.301) de 3 visites au maximum entre 2000 et 2013.
  • Toutes les visites étaient programmées à environ 5 ans d’intervalle.
  • Les participants dont le statut drépanocytaire n’était pas connu (test génétique) ou qui ne disposaient pas de mesures concomitantes d’ HbA1c et de glucose étaient exclus, de même que ceux qui présentaient les variants de l’hémoglobine HbSS, HbCC ou HbAC.
  • Critère principal d’évaluation : association entre l’HbA1c et le statut drépanocytaire (positif ou non) ajustée en fonction des mesures du glucose à jeun et après HGPO.
  • Critères secondaires d’évaluation : pré-diabète et diabète selon la glycémie à jeun, après HGPO (2h) ou l’HbA1C.
  • L’association entre drépanocytose et le niveau d’HbA1c était également recherchée en tenant compte des mesures de glucose à jeun et après HGPO (2 h).

 Résultats

  • 4.620 participants ont été inclus dans l’analyse, dont 2.835 femmes (61,3%) et 367 (7,9%) sujets présentant une drépanocytose. La moyenne d’âge était de 52,3 ans (±11,8).
  • Au total, 9.062 mesures d’HbA1c, de glucose à jeun et après HGPO (2h) ont été réalisées.
  • Pour une glycémie à jeun donnée, les valeurs d’HbA1c étaient significativement plus basses chez les individus atteints de drépanocytose (5,72%) que chez ceux qui en étaient indemnes (6,01%). Soit une différence moyenne d’HbA1c de -0,29% [IC95% : -0,35% à -0,23%, p<0,001]. Les valeurs d’ HbA1c restaient  significativement plus basses après ajustement sur les facteurs de confusion.
  • Des résultats similaires étaient observés pour les valeurs d’HbA1c pour une valeur de glucose donnée après HGPO (2h). La concentration moyenne d’HbA1c était de 5,35% chez les participants atteints de drépanocytose contre 5,65% chez les participants qui ne l’étaient pas, soit une différence de -0,30% [IC95% : -0,39% à -0,21%, p<0,001]. Les valeurs d’HbA1c restaient également plus basses chez les participants drépanocytaires en analyse ajustée.
  • Selon le statut drépanocytaire, la différence d’HbA1c était plus importante pour lorsque la glycémie à jeun (p=0,02 pour l’interaction) et après HGPO (2h) (p=0,03) était élevée.
  • La prévalence du diabète et du prédiabète ne variait pas de manière significative entre les participants avec ou sans drépanocytose  lorsque ceux-ci étaient définis à partir du glucose à jeun (2,5% vs 3,6% pour le diabète, p=0,25 ; 28,6% vs 25,0% pour le pré-diabete, p=0,12) ou après HGPO (2h) (3,6% vs 3,3% pour le diabète, p>0,89 ; 15,9% vs 12,9% pour le pré-diabète, p=0,45).
  • À l’inverse, selon les mesure de l’HbA1c, la prévalence de pré-diabète et de diabète était significativement plus basse chez les participants drépanocytaires que chez les autres : 29,2% vs 48,6% pour le pré-diabète et 3,8% vs 7,3% pour le diabète. Ces chiffres étaient obtenus à partir de 572 observations chez les participants drépanocytaires et de 6.877 observations chez des participants indemnes de la maladie (p<0,001 pour les deux comparaisons).
  • Dans le même sous-groupe de participants, la capacité à discriminer diabète et pré-diabète était significativement plus basse chez les participants atteints de drépanocytose.

Limitations

Malgré la taille importante des deux cohortes utilisées pour l’étude, le nombre de participants atteints de drépanocytose était réduit (n=367).

D’autres études sont nécessaires pour pouvoir élargir ces résultats à la population générale de façon à étudier d’autres origines ethniques et d’autres variants d’Hb.

À retenir

Chez les afro-américains issus de 2 grandes cohortes, les participants atteints de drépanocytose présentaient systématiquement des taux d’HbA1c plus bas que les participants non atteints de cette maladie et ce, pour de mêmes valeurs de glucose mesurées à jeun ou à 2h lors d’une HGPO. De plus, cette différence selon le statut drépanocytaire apparaissait de façon plus marquée pour des concentrations élevées de glucose. Ces résultats suggèrent que la glycémie des trois derniers mois peut être sous-estimée chez les patients d’origine africaine atteints de drépanocytose et qu’elle doit donc faire l’objet d’évaluations plus poussées.