Dose unique de vaccin contre la fièvre jaune : les nourrissons sont-ils durablement protégés ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

A retenir

  • L’OMS recommande depuis 2013 une dose unique de vaccin contre la fièvre jaune à partir de l’âge de 9 mois pour les personnes qui habitent ou se rendent dans les zones à risque
  • Si les données recueillies chez les adultes et les enfants de plus de 2 ans confirment ce choix de supprimer les rappels, on manque de données chez les nourrissons
  • Une étude vient d’ailleurs de montrer qu’au moins la moitié des enfants initialement protégés par la vaccination à 9 mois ne le seraient plus dans les deux à cinq ans qui suivent

 

La vaccination contre la fièvre jaune est indispensable pour un séjour dans une zone endémique (régions intertropicales d’Afrique et d’Amérique du Sud) ou épidémique, même en l’absence d’obligation administrative. Elle est également obligatoire pour les résidents du département de la Guyane âgés de plus de 12 mois et pour les voyageurs qui s’y rendent.

Elle est recommandée à partir de l’âge de 9 mois mais peut exceptionnellement être effectuée dès l’âge de 6 mois si le nourrisson doit séjourner en milieu rural ou en forêt, en zone endémique ou si une épidémie sévit dans la région visitée.

Le schéma vaccinal recommandé en France dans la population pédiatrique est le suivant :

  • Nourrissons âgés de 9 à 24 mois : une dose entre 9 mois et 24 mois, puis une seconde dose à partir de l’âge de 6 ans et dans un délai maximal de 10 ans ;
  • Enfants de plus de 24 mois : une dose unique.

Cependant, depuis 2013, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une dose unique de vaccin contre la fièvre jaune pour une immunité à vie. Ainsi, depuis le 11 juillet 2016, un amendement du Règlement sanitaire international (RSI) prolonge à vie la validité administrative du Certificat international de vaccination antiamarile. Si les données recueillies chez les adultes et les enfants de plus de 2 ans confirment ce choix, on manque de données sur l’efficacité à long terme du vaccin antiamaril lorsqu’il est administré aux nourrissons, sachant qu’ils représentent la 1ère cible des campagnes de vaccination de routine. Cela rend d’autant plus intéressants les résultats d’une étude récente qui viennent de montrer qu’une dose unique de vaccin contre la fièvre jaune ne protège pas tous les enfants de façon durable.

Cette étude de cohorte longitudinale a été menée au Mali et au Ghana, chez des enfants vaccinés vers l’âge de 9 mois. L’objectif était d’évaluer la persistance des anticorps neutralisants dirigés contre le virus de la fièvre jaune chez ces enfants.

Les résultats ont montré que parmi les 587 enfants maliens inclus, seuls 296 (50,4% ; IC95% : 46,4-54,5) étaient encore séropositifs 4,5 ans après la vaccination (concentration en anticorps ≥0,5 UI/mL). Parmi les 436 enfants du Ghana inclus, seuls 121 (27,8% ; 23,5-32,0) étaient séropositifs après 2,3 ans.

Cette étude a donc montré que les résultats à long terme de la vaccination antiamarile chez les enfants de 9 mois ne sont pas satisfaisants, car au moins la moitié des enfants initialement protégés ne le seraient plus dans les deux à cinq ans qui suivent. Ce déclin rapide de l’immunité dans les premières années après vaccination de ces jeunes enfants pose la question de la révision, pour cette population cible en zone endémique, de la recommandation de l’OMS qui préconise une dose unique de vaccin contre la fièvre jaune. La courte durée de l’immunité chez beaucoup de sujets vaccinés suggère qu’un rappel est nécessaire pour atteindre le seuil de 80% de la population immunisée afin de prévenir les épidémies de fièvre jaune. En revanche, pour les enfants plus grands et les adultes, la dose unique semble suffisante.