Don de sang : pourquoi les donneurs omettent-ils de déclarer certaines contre-indications ?

  • Sauvage C & al.
  • Transfusion
  • 13 déc. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Le taux d’inadéquation entre le profil des donneurs et les critères de sélection définis au niveau national est estimé à 5,6%, les femmes et les personnes donnant pour la première fois présentant un chiffre supérieur à celui des hommes et des donneurs récurrents respectivement.
  • Les motifs d’inadéquation évoqués par les donneurs étaient différents selon que le risque inhérent était ou non d’ordre sexuel.
  • Si le taux est globalement faible, il comporte néanmoins un risque. La qualité de l’information sur le rôle et la nature des critères de sélection et celle de l’entretien préalable au don sont cruciales pour limiter les risque inhérents à cette inadéquation.

Des critères stricts de sélection des donneurs de sang visent à éviter tout risque infectieux résultant des transfusions. Les critères édictés en France et l’amélioration des tests réalisés à partir des dons sont actuellement performants. Cependant, il existe une fenêtre de latence entre le moment où un donneur contracte une maladie infectieuse et l’apparition de marqueurs sanguins détectables. Le questionnaire pré-don qui doit être systématiquement rempli permet d’identifier et d’écarter les personnes chez lesquelles le risque est élevé, à condition qu’il soit rempli conformément à la réalité. L’enquête Complidon qui a été menée en 2017 en France visait notamment à apprécier ce décalage, dans le cadre d’une discussion nationale ayant été menée sur l’assouplissement des conditions de don de sang pour les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH).

Une participation inédite

L’enquête Complidon a été menée par questionnaire anonymisé fin 2017 auprès de 420.190 donneurs, parmi lesquels 108.386 ont répondu, représentatifs de la population globale de donneurs. Ils devaient répondre à des questions sociodémographiques, abordant les critères de sélection ou concernant les motifs de leur non adéquation le cas échéant.

Globalement 5,6% des donneurs auraient dû différer leur don parce qu'ils ne répondaient pas aux critères de sélection, parmi lesquels 16% présentaient plusieurs contre-indications. Les femmes étaient 5,7%, contre 5,0% chez les hommes, et ceux qui donnaient pour la première fois étaient 8,0% vs 5,2% pour les donneurs récurrents.

La délicate question de la sexualité

Les motifs d’inadéquation étaient liés à un risque de transmission sexuelle, à l’usage de drogue ou à la réalisation d’un tatouage ou d’un piercing dans 3,6% des cas, et à un risque lié au voyage dans 1,2% des cas. Ainsi, durant les 4 mois ayant précédé le don, 1,9% des donneurs avaient eu au moins deux partenaires sexuels et 1,0% avaient un partenaire qui avait eu plusieurs partenaires sexuels. Par ailleurs, ils étaient 0,6% à avoir visité un pays nécessitant un traitement préventif contre le paludisme et 0,57% à avoir visité un pays d’Amérique centrale ou du Sud. Concernant les hommes, 0,73% avaient eu eu des relations sexuelles avec d'autres hommes au cours des 12 mois précédents.

Ceux qui n’avaient pas déclaré une contre-indication liée à la sexualité déclaraient ne pas l’avoir fait principalement car ils jugeaient les questions trop personnelles, ils ne savaient pas qu'il s'agissait d'une contre-indication ou estimaient ne pas être à l'aise avec la personne ayant mené l'entretien préalable au don, ou avoir trouvé le lieu insuffisamment confidentiel. Parmi eux, un tiers étaient des utilisateurs systématiques de préservatifs. Lorsque la contre-indication n’était pas liée à la sexualité, ils disaient en premier lieu en avoir parlé lors de l'entretien, mais avoir été néanmoins autorisés.