DOCCU : le dépistage organisé du cancer du col de l'utérus pourrait enfin devenir une réalité !


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Jusqu’à présent en France, le dépistage du cancer du col de l’utérus était individuel. Il pourrait être organisé au plan national à partir de janvier 2019. Certaines données de la littérature estiment que 40% des femmes françaises n’auraient jamais réalisé de frottis, un chiffre qui irait même jusqu’à 80% chez les plus de 60 ans1. Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus (DOCCU) vise à atteindre un taux de couverture de la population cible de 80%. Celui-ci est recommandé chez les femmes asymptomatiques âgées de 25 à 65 ans, au rythme d’un examen tous les 3 ans, après deux examens normaux à 1 an d’intervalle. L’analyse du frottis sera prise en charge à 100%, et devrait être réalisée par la technique du frottis en milieu liquide qui permet de réaliser d’éventuels examens de triage sans convoquer une seconde fois la patiente. 

Retour sur une phase pilote menée en Alsace

Une récente publicationa mis en exergue les résultats d’une campagne test initiée en Alsace en 1994 et étendue à tout le Bas-Rhin en 2001. L’objectif de cette l’étude était d’évaluer un programme de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus sur la morbidité avant que la population vaccinée contre le papillomavirus n’atteigne l’âge du dépistage. Les données concernant les lésions cervicales et les cancers ont été collectées entre 2008 et 2011. Les données cytologiques, histologiques ont été croisées avec celles de deux registres du cancer. Les résultats montrent qu’entre 2008 et 2011, 565.153 frottis ont été réalisés chez 498.913 femmes, soit 1,13 frottis par femme vivant en Alsace et 1,62 frottis par femme ayant participé au dépistage. Cette couverture variait en fonction de l’âge, passant de 63,4% pour les femmes âgées de 25 à 29 ans, à un pic de 83,4% pour les 30-34 ans et diminuait ensuite à 56,7% pour les 60-64 ans. Le taux global de couverture du dépistage a ainsi atteint 70,1% sur 3 ans, et 81,3% sur 5 ans, donc nettement plus élevé que le taux national évalué à 57% (entre 2006-2008). Des lésions de haut grade confirmées histologiquement ont été retrouvées chez 0,5% des femmes et 215 cas de cancer du col de l’utérus ont été rapportés chez les 25-64 ans, soit une incidence brute de 10,6/100.000 femmes-années. Cette campagne pilote a permis de réduire de 16,1% le nombre de cancers diagnostiqués et de 19,5% le risque de décès associé à ces cancers par rapport au dépistage individuel, avec un coût annuel de 1,05 € par femme à dépister.

Du DOCCU au test HPV…

À travers un éditorial paru dans la revue Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, le Professeur J-J. Baldauf ayant participé à l’évaluation pilote en Alsace, évoque que « certains réclament dès ce stade le remplacement du frottis par la recherche du génome des HPV oncogènes (test HPV) dont la sensibilité pour le dépistage primaire des lésions précancéreuses et cancéreuses du CCU est significativement supérieure, bien que la spécificité soit significativement plus faible ». 

Contrairement à l’Australie et la Nouvelle Zélande où près de 80% des jeunes filles sont vaccinées contre l’infection à HPV depuis 2007-2008, la couverture vaccinale en France ne permettrait pas pour l’instant de modifier la stratégie de dépistage, ni d’envisager la disparition du cancer du col de l’utérus.

Financement

Cette étude menée en Alsace a été partiellement financée par une subvention non conventionnelle de Sanofi-Pasteur MSD France, par le 7programme cadre de la direction générale de la recherche et de l’innovation de la Commission européenne et par la lutte globale contre le cancer financée par l’Union européenne dans le cadre du programme 2008-2013.