Deux cancers sur cinq attribuables à des facteurs de risque modifiables


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Une part importante des cancers peut être attribuée à des facteurs de risque potentiellement évitables car liés aux modes de vie ou à l’environnement. Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) a réuni plus de 80 experts des principales institutions de recherche ou de santé publique françaises pour en dresser un tableau le plus complet possible, à partir de différentes données nationales (registres, méta-analyses, études de cohorte, etc). Ils ont retenu treize facteurs classés cancérogènes certains ou probables par le CIRC : tabagisme, alcool, alimentation (consommation de viande rouge et de charcuterie), surpoids et obésité, activité physique insuffisante, utilisation d’hormones exogènes, durée d’allaitement sous-optimale, infections, radiations ionisantes, pollution atmosphérique, rayonnement UV, expositions professionnelles et expositions aux substances chimiques en population générale (arsenic dans l’eau de boisson et benzène dans l’air intérieur). Une fraction attribuable (FA) a été estimée par facteur de risque, par localisation de cancer et par sexe pour les adultes de plus de 30 ans en France métropolitaine et en 2015.

Parmi les 346.000 nouveaux cas de cancers diagnostiqués en France en 2015, 142.000 (41%) seraient attribuables aux facteurs étudiés. À lui seul, le tabac serait responsable de 68.000 nouveaux cas (20% des nouveaux cancers). Viendraient ensuite l’alcool (8%), l’alimentation (5,4%) et le surpoids et l’obésité (5,4%).

Les facteurs de risque retenus jouaient un plus grand rôle chez les hommes (84.000 nouveaux cas — 44% du total) que chez les femmes (près de 58.000 — 37%). Chez les hommes, les principaux étaient le tabac (29%), l’alcool (8,5%), l’alimentation (5,7%) et les expositions professionnelles (5,7%). Chez les femmes, c’étaient le tabac (9,3%, à comparer aux 29% chez les hommes), l’alcool (7,5%) et le surpoids et l’obésité (6,8%).

Les cancers du cancers du col de l’utérus et le syndrome de Kaposi étant sous la dépendance de virus (respectivement papillomavirus et virus de l’herpès) pour lesquels nous disposons de mesures de prévention, ils étaient en principe entièrement évitables (FA = 100%). Venaient ensuite les cancers du larynx (FA 92%), de l’anus (91%) et du poumon (FA 87%). Chez les hommes, parmi les cancers les plus fréquents, 0,6% des cancers de la prostate étaient attribuables à des facteurs de risque modifiables, 93% des cancers du poumon et 56% des cancers colorectaux. Chez la femme, il s’agissait de 38% des cancers du sein, 39,9 % des cancers colorectaux et 73,9 % des cancers du poumon. Ainsi, en principe, 35.000 cas de cancers du poumon étaient attribuables à un facteur de risque évitable, 20.000 cas de cancers du sein et 19.000 cas de cancers colorectaux.

Ces résultats indiquent les priorités qui devraient avoir cours en prévention des cancers. Néanmoins, les auteurs invitent à les prendre avec prudence, en raison de plusieurs limitations de leur travail. Ils citent notamment l’hypothèse fondant l’estimation de la FA par localisation, tous facteurs de risque confondus : elle suppose l’indépendance entre ces facteurs et leur absence d’interaction, « ce qui ne correspond pas à la réalité. » Ils soulignent aussi l’évolution permanente des connaissances. Ainsi, il existe des lacunes scientifiques pour certaines expositions (notamment chimiques) et la recherche a besoin de progrès sur certains facteurs de risque émergents, comme les perturbateurs endocriniens.