Deux à trois fois plus de suicide chez les jeunes des minorités sexuelles…

  • Poštuvan V & al.
  • Lancet Child Adolesc Health
  • 21 janv. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Univadis Résumés Cliniques
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À retenir

Les jeunes qui se reconnaissant dans les minorités sexuelles ne sont pas épargnés par les discriminations et les atteintes homophobes. Ces jeunes présentent globalement plus de facteurs de risque délétères pour leur santé mentale, font plus souvent des dépressions et abusent plus fréquemment de certaines substances que les autres. Une revue publiée dans The Lancet Child & Adolescent Health apporte un éclairage sur le sujet à partir de données chiffrées. Trente-quatre articles ont contribué à la réalisation de cette revue ayant adopté un point de vue à trois niveaux : sociétal, tissu social et individuel. Plusieurs phénomènes entrent en jeu pour expliquer l’augmentation du risque de suicide à l’adolescence chez ces sujets. Le développement de problèmes de santé mentale à l’adolescence (sentiment de dépression et d’anxiété) ou l’adoption d’habitudes à risque (tel que l’abus de certaines  substances) sont souvent accompagnés d’impulsivité. Les facteurs psychologiques ainsi que les traits de personnalité, le sentiment d’espoir ou le soutien sont également des déterminants importants du risque suicidaire à cette période clé de la vie. L’orientation sexuelle (attirance physique, émotionnelle, sexuelle) et l’identité de genre constituent également un risque de suicide chez les jeunes adolescents. 

Quels sont les points clés liés au risque suicidaire chez les jeunes LGBTIQ ? 

Cette revue considère l’ensemble des minorités dans leur ensemble (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, intersexes ou queers - LGBTIQ). Les points clés qui en ressortent sont les suivants :

  • Les jeunes appartenant à ces minorités sexuelles ont un risque plus élevé de comportement suicidaire que les jeunes hétérosexuels.
  • L’augmentation de ce risque est une combinaison complexe de facteurs de risques communs et spécifiques en lien avec leur orientation et identité sexuelle, à l’acceptation sociale et au soutien dont ils bénéficient. 
  • L’acceptation sociale et le soutien peuvent se retrouver au niveau sociétal, notamment à travers les attitudes publiques en lien avec les droits dont les minorités sexuelles doivent bénéficier. L’acceptation de l’environnement pourrait contribuer à prévenir les comportements suicidaires des jeunes des minorités sexuelles.
  • L’acceptation et le soutien sont particulièrement importants concernant les relations proches tels que les amis, les parents. Des attitudes d’acceptation par les proches contribueraient à prévenir les comportements suicidaires de ces jeunes. Par exemple, selon les auteurs de cette revue, une réaction positive et l’acceptation de la mère constitue un facteur protecteur important. L’acceptation de la famille permet au jeune adulte non seulement d’avoir une plus grande estime de lui-même, un meilleur soutien social et une meilleure santé au sens large, mais c’est également une protection contre la dépression, l’abus de substances, et les tentatives de suicide.  
  • A contrario, l’absence d’acceptation de l’identité sexuelle de la part de la société ou du tissu social le plus proche favorise la stigmatisation au niveau individuel et est reliée aux comportements suicidaires.
  • Des programmes permettant une meilleure intégration des minorités sexuelles dans nos sociétés sont importants pour en favoriser l’acceptation sociale.

Les études randomisées, contrôlées permettant de documenter avec un haut niveau de preuve l’efficacité de différentes interventions sont encore rares dans le domaine. Il serait par ailleurs intéressant que de futurs travaux s’intéressent également aux effets synergiques des interventions menées aux trois niveaux précédemment cités.