Détresse psychologique des français pendant le confinement : premiers enseignements de l’enquête COCLICO


  • Caroline Guignot
  • Actualités Médicales
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Messages principaux

  • Selon la première vague de l’enquête internet COCLICO (menée entre le 3 et le 14 avril 2020 auprès d’adultes vivant en France métropolitaine), un tiers a présenté une détresse psychologique durant cette période, notamment les femmes, les personnes dont la situation financière s’est dégradée et celles bénéficiant d’un faible soutien social.

 

L’impact de la crise sanitaire liée au COVID-19 et des mesures prises pour l’endiguer est attendu, et plusieurs études ont été initiées dans le pays pour en évaluer l’ampleur et les déterminants.

COCLICO ( Coronavirus Containment Policies and Impact on the Population's Mental Health ) est une enquête mise en place par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) dans cet objectif. Comportant trois vagues d’enquête (du 3 au 14 avril, du 27 avril au 6 mai, et du 22 juin au 3 juillet 2020) elle cherche à explorer les facteurs supposés influencer le risque de détresse psychologique lié à l’épidémie, au confinement et ses conséquences, comme l’exposition ou la vulnérabilité physiologique au virus, les conditions sociales du confinement et l’évolution de la situation socio-économique et des activités durant cette période. Les données de la première vague d’enquête Internet, qui a recueilli les réponses de 3.000 personnes, de 18 ans ou plus, représentatives de la population française et vivant en ménage ordinaire en France métropolitaine, viennent d’être publiées. 

Le questionnaire visait à apprécier la détresse psychologique à partir de l’utilisation du General Health Questionnaire (GHQ-12), comportant 12 questions (concentration, sommeil, sentiment d’utilité, prise de décision, tension nerveuse ou stress, capacité à surmonter les difficultés, satisfaction vis-à-vis des activités quotidiennes, capacité à faire face à ses problèmes, sentiment d’être malheureux ou déprimé, confiance en soi, perception de sa propre valeur, sentiment d’être heureux tout bien considéré) et portant sur le vécu des 7 derniers jours. À partir des déclarations, une cotation pré-établie (1 point en cas d’altération pour chaque question) a permis de générer un score global conduisant à déterminer l’absence de survenue d’une détresse psychologique pour les scores de 0 à 4, et la présence d’une détresse psychologique au-delà (sévère au-delà de 8). Le soutien social a été évalué à partir de l’échelle d’Oslo (OSSS-3) et la solitude à partir du questionnaire Three-item loneliness scale .

Vulnérabilité des femmes et des personnes dont la situation financière s’est dégradée

La survenue d’une détresse psychologique a été observée chez 33% des répondants, dont 12% présentent une détresse sévère. Cette détresse concernait 26,3% des hommes et 38,4% des femmes ayant répondu. Les principales difficultés évoquées étaient la tension ou le stress (44,9%), puis le sommeil, la concentration et le sentiment d’être malheureux ou déprimé (35,4%, 34,2% et 33,5%).

L’analyse multivariée a permis d’établir que le premier facteur de risque associé au risque de détresse psychologique était le sexe féminin (ORa 2,2). Pour les auteurs, l’augmentation de la charge de travail liée à l’école à la maison et aux tâches domestiques pourrait expliquer cette observation. Aucun sur-risque lié à l’âge n’a en revanche été identifié : les auteurs posent l’hypothèse que le quotidien des sujets âgés a été moins bouleversé que celui des personnes professionnellement actives et des femmes.

Venait ensuite la dégradation de la situation financière liée au confinement (ORa 2,0), alors que la situation vis-à-vis de l’emploi (chômage partiel ou total, congés imposés…) n’avait pas de rôle significatif. Un temps important passé sur les réseaux sociaux semblait aussi constituer un sur-risque, probablement du fait d’une exposition à des informations anxiogènes ou nombreuses. Enfin, les critères de soutien social faible ou modéré et de solitude étaient des facteurs spécifiques, puis, dans une moindre mesure, le fait de présenter une maladie chronique, des antécédents de soins de santé mentale et d’avoir été exposé au virus.

Les résultats des vagues suivantes apporteront des éléments permettant d’évaluer la persistance des effets observés au cours du temps et d’apprécier, au-delà de la survenue d’une détresse psychologique, une éventuelle sur-prévalence des troubles dépressifs au cours du confinement.