Désorganisation du système de soin ou SARS-CoV-2 : qui a fait perdre des chances aux patients atteints de cancer ?

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

De nouvelles données viennent d’être publiées sur l’impact de l’épidémie sur la survie de patients nouvellement diagnostiqués pour cancer colorectal (CCR). Les analyses des données de plus de 4.500 sujets montrent que : 

  • Entre 2018-2019 et 2020, le stade tumoral au diagnostic n’a pas évolué , mais la survie à 1 an a diminuée ;
  • Cette diminution serait plus liée à l’infection par le SARS-CoV-2 qu’à une perturbation du système hospitalier.

 

Pourquoi est-ce important ?

Lors du premier confinement, les programmes de dépistage du cancer CCR ont été suspendus. Plusieurs études ont souligné que durant cette période, il y avait eu une diminution du nombre de diagnostics de CCR et une augmentation des délais avant diagnostic. Or, ce retard à la prise en charge peut favoriser l’apparition de complications (obstruction intestinale, hémorragie, perforation intestinale, etc.) et conduire à changer de stratégie thérapeutique si la tumeur a le temps de devenir non-résécable. L’étude présentée ici vise à mieux comprendre l’impact de différents facteurs sur la survie des patients atteints de cancer colorectal.

 

Méthodologie

Cette étude de cohorte rétrospective est basée sur les données de 11,4 millions de patients des hôpitaux parisiens (AP-HP). Les nouveaux cas de CCR identifiés entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2020 ont été sélectionnés et plusieurs indicateurs ont été comparés sur deux périodes : 2018-2019 (avant la pandémie) et 2020 (durant la pandémie).

 

Principaux résultats

Entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2020, 3.602 nouveaux cas de cancer du côlon et 1.083 nouveaux cas de cancer du rectum ont été adressés à l’AP-HP. La durée médiane de suivi de ces individus était de 16,3 mois. Parmi ces sujets, 2.463 ont bénéficié d’une résection tumorale initiale. Après résection suite au diagnostic de CCR, la survie globale 1 an atteignait 94%, 93% et 76% respectivement pour les patients adressés en 2018-2019, 2020 pour ceux qui étaient non infectés par les SARS-CoV-2 et 2020 pour ceux qui avaient été atteints de COVID. 

Pour les patients diagnostiqués en 2020, une infection par SARS-CoV-2 était associée à une nette dégradation de la survie globale (hazard ratio (HR) 3,78 [2,1-7,1]) par rapport à ceux qui n’avaient pas été infectés.

Les patients à qui un autre type de traitement avait été proposé, avaient respectivement une survie globale à un an de 64%, 66% et 27%. 

Le stade de la tumeur au diagnostic, le niveau d’urgence de la résection initiale, le délai entre les réunions de concertations multidisciplinaires et l’initiation du traitement étaient semblables entre les deux périodes.

Ainsi, si le nombre de diagnostic de CCR a diminué durant la pandémie, cette diminution serait davantage liée à l’infection du patient par le SARS-CoV-2 qu’à la désorganisation du système de santé ou à un retard de la prise en charge ayant favorisé une évolution de la tumeur.