Désensibilisation orale aux arachides : données concluantes d’une étude de phase 3

  • Hourihane JO & al.
  • Lancet Child Adolesc Health
  • 20 juil. 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Selon une étude de phase 3 menée auprès de 175 enfants de 4-17 ans randomisés 2:1 entre une désensibilisation à l’arachide selon un protocole d’introduction progressive utilisant AR101 (dose standardisée) ou un placebo, il est possible d’obtenir une tolérance à 1.000 mg de protéines d’arachide chez 58% avec le produit actif, contre 2% du second groupe. Le test de provocation mené en fin de protocole 12 mois après l’inclusion a conduit à une moindre fréquence d’évènements graves. Cette étude encourageante demande à confirmer ces résultats par des données à plus long terme.

 

L’allergie aux arachides est un problème de santé publique important et les études ayant évalué l’efficacité de la désensibilisation orale ont, pour l’heure, mené à des données hétérogènes, comme le rappelait l’an dernier une méta-analyse (lien). AR101 est une formulation expérimentale qui a été récemment commercialisé aux États-Unis et qui permet de délivrer une dose standardisée de protéines d’arachide AR101 (poudre par voie orale en doses graduées).

Méthodologie

L’étude pivot européen ARTEMIS de phase 3 a évalué le profil de tolérance et d’efficacité de cette formulation auprès d’enfants et d’adolescents présentant une allergie connue aux arachides (dose limite de 300 mg, soit l’équivalent d’une cacahuète). Ceux qui avaient récemment présenté une anaphylaxie sévère, une oesophagite à éosinophiles ou qui avaient un asthme ont été exclus.

In fine, l’étude a inclus 175 enfants de 4 à 17 ans (18 centres, 7 pays européens) qui ont été randomisés (3:1) entre l’AR101 ou un placebo. Le protocole consistait en 2 jours d’initiation progressive (à partir de 0,5 mg à J1 et 3 mg à J2) sous supervision médicale. Ensuite l’augmentation des doses était menée à domicile toutes les deux semaines pendant 20-40 semaines, jusqu'à la dose thérapeutique de 300 mg/j, la première administration de chaque augmentation de posologie étant conduite sous supervision médicale. Ensuite, une phase d’entretien était poursuivie durant 3 mois.

Principaux résultats

Au total, 132 enfants ont intégré le bras AR101 (52% de garçons, âge moyen 9,0 ans) et 43 le bras placebo (63% et 9,5 ans). À l’issue du programme de désensibilisation, le taux de patients aptes à tolérer une dose unique de 1.000 mg de protéines d'arachide jour au cours du test de provocation alimentaire (critère principal d'évaluation) était de 58% dans le bras AR101 contre 2% dans le bras placebo (p

Sur le plan de la sécurité, les évènements indésirables apparaissant sous traitement (TEAE) ont concerné 99% et 98% des enfants des groupes AR101 et placebo respectivement, avec 1% et 5% d’entre eux ayant été concernés par des évènements graves. Il y avait eu plus de troubles gastro-intestinaux dans le groupe expérimental (91 vs 77%), sachant qu’ils étaient plus fréquents durant la phase d’augmentation posologique.

Des réactions allergiques systémiques ont respectivement concerné 12% et 2% des enfants, dont un seul (groupe AR101) a nécessité l’arrêt du traitement. Aucune anaphylaxie grave n’a été observée. L'utilisation d’adrénaline a été nécessaire chez 7% des enfants du groupe AR101, contre 2% de ceux du groupe placebo, en dehors du test de provocation d’inclusion et de fin d’étude, tandis que ce traitement a été nécessaire chez respectivement 3% et 18% d’entre eux lors du test de provocation final.

L’étude a imposé un certain nombre de critères d’exclusion et a in fine inclus une population essentiellement blanche et masculine, écartant la généralisation de ces données à l’ensemble des enfants et adolescents allergiques aux cacahuètes. Cependant, si ces données sont confirmées par des études à plus long terme, elles pourraient renforcer l’intérêt pour la désensibilisation orale aux arachides. Étant donné que la fréquence et la sévérité des évènements indésirables étaient plus élevées durant les premières phases d’augmentation des doses que dans les suivantes, les auteurs suggèrent que l’évaluation du bénéfice-risque de la désensibilisation face l’objet d’une discussion et d’une décision partagée entre patients, familles et praticiens.

Financement

Cette étude a été sponsorisée par Aimmune Therapeutics