Désensibilisation orale à l’arachide : données de phase 3

  • Vickery BP & al.
  • N Engl J Med
  • 22 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une étude de phase 3 orale parue récemment dans le NEJM, les enfants de 4 à 17 ans peuvent accroître la dose tolérée ingérée sans symptômes limitants à l’issue d’un protocole de désensibilisation aux protéines d’arachide, par rapport à ceux ayant reçu un placebo. Par ailleurs, ils étaient plus nombreux à ne manifester aucun symptômes après ingestion d’une dose définie de cacahuète par rapport à ceux sous placebo.

  • Ces résultats sont encourageants étant donné l’ampleur de l’allergie aux arachides dans les pays occidentaux ; pour les parents, il peut être très rassurant de pouvoir accroître la quantité maximale tolérée. Cependant, il est à noter que dans le groupe traité, le nombre de patients ayant quitté l’étude pendant son déroulement et celui qui a eu recours à un traitement de secours par adrénaline (hors tests d’ingestion) étaient plus nombreux. Ces points sont soulevés par l’éditorial [1] accompagnant l’article, et pose également la question de la durée du maintien de cette tolérance immunitaire, en cas de non-consommation régulière de protéines d’arachide. De même, il questionne l’intérêt d’associer un autre traitement à la désensibilisation orale afin d’apporter une alternative au tiers des participants qui n’étaient pas répondeurs dans cette étude.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

La désensibilisation orale est un enjeu important face à l’allergie à l’arachide qui croît régulièrement dans les pays occidentaux. Le NEJM a publié l’étude de phase 3 concernant l’AR101, dérivé des protéines d’arachide.

Méthodologie

Cette étude a inclus des sujets de 4 à 55 ans présentant une allergie à la cacahuète diagnostiquée et ne pouvant tolérer plus de 100 mg de protéines d’arachide (soit environ un tiers de cacahuète). Ils ont été randomisés (3:1) entre un protocole comportant l’AR101 ou un placebo suivant un schéma de posologies croissant de 0,5 mg à 6 mg à J1, puis évoluant de 3 mg à 300 mg tous les 15 jours sur 6 mois, suivi d’une dose quotidienne de 300 mg pendant les 6 mois suivants. Tous les paliers de dose étaient menés dans le service investigateur.

Principaux résultats

  • Au total, 555 sujets ont été inclus et ont été traités au moins une fois, dont 499 ayant entre 4 et 17 ans. La majorité avait déjà présenté une réaction anaphylactique à la cacahuète (72%) et 53% présentaient de l’asthme.

  • Parmi les 4-17 ans, 79% des sujets sous AR101 ont terminé l’étude, contre 92,7% du groupe placebo.

  • À 12 mois, la proportion des patients de 4 à 17 ans qui ont été capables d’ingérer au moins 600 mg de protéines d’arachide sans symptômes (critère principal d’évaluation) était de 67,2% dans le groupe AR101 contre 4% dans le groupe placebo (différence 63,2 points de pourcentage [53,0-73,3], p

  • L’intensité des symptômes lors du test d’ingestion avait été modérée ou sévère dans 25% et 5% du groupe traité, contre 59% et 11% du groupe placebo (p

  • Aucune différence n’a été observée en termes d’efficacité dans le groupe des plus de 17 ans.

  • Sur le plan de la tolérance, 10% des 4-17 ans ont eu à recourir à un traitement en urgence durant le test d’ingestion final contre 53% dans le groupe placebo. Cependant, durant le reste de l’étude, ce recours a été de 14% dans le groupe AR101 contre 6,5% dans le groupe placebo.

  • Les évènements secondaires (98,7% et 95,2% des 4-17 ans sous AR101 ou sous placebo), étaient en légers ou modérés pour 34,7% et pour 59,7% des cas sous AR101, contre 50% et 44,4% sous placebo. Enfin, 8 participants ont présenté des évènements graves dans le premier groupe, contre 0,8% dans le second.

Principales limitations

  • Les patients, recrutés sur la quantité de protéines d’arachide maximale tolérée, ne sont peut-être pas représentatifs de l’ensemble des allergiques à la cacahuète.

  • La majorité des participants étaient des hommes et étaient d’origine caucasienne.

Financement

L’étude a été sponsorisée par Aimmune Therapeutics.