Des symptômes hémorragiques malgré une lyse du caillot ralentie

  • Vries MJA & al.
  • Thromb Res
  • 1 févr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Dans une étude néerlandaise récente, 240 patients rapportant des symptômes hémorragiques modérés ne présentaient pas d’hyperfibrinolyse, mais plus volontiers un temps de lyse du caillot prolongé par rapport à des patients ne présentant pas de tels symptômes. Si aucune explication ne peut solidement être avancée pour l’heure, ce résultat rejoint celui rapporté par deux articles récemment publiés.

Dans ce travail, les chercheurs ont utilisé l’analyse viscoélastique par turbidimétrie et la thromboélastométrie rotative comme méthodes d’évaluation de la lyse du caillot : la première et a fortiori la seconde permettent d’étudier le mécanisme dans des conditions plus proches de la physiologie et plus globale (sang total pour le tPA-ROTEM) par rapport au test classique du temps de lyse des euglobulines (TLE). Leur travail a décrit une capacité fibrinolytique réduite en utilisant le tPA-ROTEM. Chez ces patients, la fibrinolyse était dépendante des taux de certains composants (plasminogène, FII, FXII...).

Ces résultats offrent ici une conclusion inattendue, alors que les auteurs avaient posé l’hypothèse d’une hyperfibrinolyse pour la cohorte des sujets rapportant des symptômes hémorragiques modérés en phase pré-opératoire.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’hyperfibrinolyse est associée au phénotype de saignements modérés. Mais en pratique, près de 70% des patients présentant un tel phénotype ne sont pas diagnostiqués, sans doute du fait des limites des méthodes de laboratoire couramment utilisées, comme le TLE. Aussi, les auteurs de ce travail ont mené une évaluation similaire via des méthodes plus performantes.

Méthodologie

L’étude clinique observationnelle monocentrique (hôpital universitaire de Maastricht) a rassemblé des patients de 18 ans ou plus évoquant ou non des symptômes de saignements modérés dans le cadre d’un questionnaire pré-opératoire. Ils ne devaient pas être traités par AINS ou par médicaments ciblant l’hémostase, ni présenter une anémie ou une thrombocytopénie. Les patients considérés comme présentant des symptômes hémorragiques étaient ceux rapportant au moins un symptôme (saignement post-opératoire, extraction dentaire, épistaxis spontané…).

À partir des analyses comparatives, les coefficients de régression bêta ont été calculés (fondés sur une moyenne à 0 et un écart-type égal à 1).

Principaux résultats

  • La cohorte était hétérogène, celle des sujets présentant des symptômes comportant notamment plus de femmes (72% vs 45%) et une moyenne d’âge plus élevée (56 vs 50 ans) que le groupe contrôle. Les premiers présentaient aussi une activité de l'activateur de plasminogène (PAI-1) moins élevée et, à l’inverse, une activité du plasminogène plus élevée.

  • Les données de formation du caillot et de résistance du caillot étaient similaires dans les deux groupes avec les deux méthodes d’analyse.

  • Après ajustement en fonction du sexe, de l'IMC et de l'âge, les patients présentant des symptômes présentaient une vitesse de lyse plus faible (bêta -0,35, p=0,007) et un temps de lyse plus long (bêta 0,29, p=0,022) par rapport aux groupe contrôle, à partir des résultats de tPA-ROTEM. Ces différences n’étaient pas retrouvées par les tests turbidimétriques.

  • Les taux de FII, FXII, plasminogène, alpha2-antiplasmine (2-AP), inhibiteur de la fibrinolyse activé par la thrombine (TAFI) et PAI-1 prolongeaient le temps de lyse du caillot par tPA-ROTEM. Seuls ceux des 2-AP, TAFI et PAI-1 inhibaient la lyse dans les tests turbidimétriques.

Principales limitations

Les deux tests employés ne reflètent pas la contribution de l’activateur tissulaire plasmatique (tPA) endogène.