Des résultats prometteurs pour l’ivermectine dans la prévention du paludisme

  • Foy BD & al.
  • Lancet
  • 13 mars 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Des traitements de masse répétés d’ivermectine à 3 semaines d’intervalle, réalisés au cours de la saison des pluies, période de transmission du paludisme, permet de réduire de 20% le nombre d’accès palustres non compliqués chez les jeunes enfants. Cette molécule pourrait donc être envisagée comme traitement complémentaire aux mesures antivectorielles déjà en cours pour lutter contre les transmissions résiduelles. L’effet semble aller au-delà d’un simple effet sur les moustiques suggérant une protection liée à la communauté.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Malgré la baisse de la mortalité et du nombre de régions concernées par le paludisme, la résistance des Plasmodium à l’artemisinine, de même que celle des anophèles aux insecticides couramment utilisés et l’adaptation de ces vecteurs aux mesures lutte antivectorielle tendent à se répandre. Aussi, de nouvelles voies sont recherchées pour limiter la transmission du parasite (distribution de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action, traitement intermittent à l’artémisinine, etc.).

L’ivermectine est largement utilisée en traitement de masse pour lutter contre les maladies parasitaires tropicales (filariose lymphatique, onchocercose). Il a été montré qu’elle agissait sur les canaux chlorure des invertébrés, tuant ainsi les moustiques vecteurs du paludisme venus se nourrir sur des personnes traitées. Un effet sur les stades hépatiques du parasite serait également possible. Aussi l’ivermectine commence-t-elle à être envisagée en traitement de masse pour freiner la transmission du Plasmodium. L’intérêt de son utilisation répétée vient d’être évalué dans des villages Burkinabés durant la saison des pluies de 2015. L’objectif était de mesurer son effet sur l’incidence des épisodes de paludisme non compliqués chez les jeunes enfants.

Méthodologie

Plusieurs villages d’une région hyperendémique de paludisme du Burkina Faso ont été invités à participer à l’essai et traités en clusters. Les participants volontaires et mesurant au moins 90 cm ont été randomisés en deux groupes. Ces deux groupes recevaient de l’ivermectine en une seule dose orale à 150-200 µg/kg et de l’albendazole (400 mg), et le groupe intervention recevait 5 doses supplémentaires d’ivermectine seule à 3 semaines d’intervalle durant les 18 semaines de la phase de traitement.

Résultats 

  • Huit villages ont accepté de participer à l’essai et 4 ont été assignés à chaque groupe (âge médian 15 ans, 51% de femmes), soit un total de 2.712 participants, 1.447 dans le groupe ivermectine et 1.265 dans le groupe contrôle. Le traitement a couvert 70 à 75% de la population sur l’ensemble de la période de traitement.
  • Au total, 648 épisodes de paludisme ont été enregistrés chez les enfants de 5 ans ou moins dans le groupe intervention (n=327, soit 2 épisodes par enfant en moyenne) et 647 dans le groupe contrôle (n=263, soit 2,49 épisodes par enfant).
  • En analyse ajustée sur le sexe et le cluster (village), le nombre d’accès palustres par enfant a été réduit dans le groupe ivermectine par rapport au groupe contrôle, avec un odds ratio de 0,80 [0,70-0,91] (p=0,0009).
  • La proportion d’enfants sans aucun accès palustre était 2 fois plus élevée dans le groupe intervention vs groupe contrôle (20% vs 9%).
  • Par ailleurs, le risque d’effets indésirables s’est montré légèrement supérieur dans le groupe ivermectine (3%) par rapport au groupe contrôle (2%) et ces chiffres étaient respectivement de 6% et 5% chez les jeunes enfants, sans différences significatives.

Limitations

Le fait que l’étude n’ait pu être réalisée à l’aveugle constitue la principale limitation de cette étude, y compris pour le report des effets indésirables.

L’échantillon analysé était de petite taille. Les résultats devront donc être confirmés par des essais de plus grande envergure.