Des oméga-3 pour vieillir en bonne santé ?

  • Lai HTM et al.
  • BMJ
  • 17 oct. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Des mesures répétées dans le temps montrent que des niveaux élevés d’acide gras-oméga 3 circulants chez les sujets âgés sont associés à une plus grande probabilité de vieillissement en bonne santé. Cette association a été observée pour l’acide eicosapentaénoïque, docosapentaénoïque, mais pas avec l’acide docosahexaenoïque provenant des fruits de mer, ni d’acide alpha-linolénique d’origine végétale. La différence de taux circulants d’oméga-3 entre le quintile le plus élevé et le plus bas correspondait à une consommation supplémentaire de poisson d’une fois par semaine. Selon les auteurs, ces résultats incitent à revoir à la hausse les recommandations de la consommation d’acides gras oméga-3 et de poisson ou de fruits de mer, pour les sujets âgés.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Le vieillissement de la population amène chercheurs et médecins à s’interroger sur les facteurs susceptibles de favoriser un vieillissement en bonne santé, c’est-à-dire sans maladie chronique et avec un fonctionnement intellectuel et physique préservé. Les essais cliniques ont montré que les acides gras oméga-3 issus des fruits de mer ou d’origine végétale pouvaient effectivement réduire le risque de maladie cardio-vasculaire ou de décès d’origine cardiaque. Mais leur potentiel bénéfice sur les pathologies cancéreuses, d’autres maladies chroniques ou sur la préservation des fonctions physiques et cognitives reste plus controversé. Pour caractériser de façon plus précise ce lien entre acides gras oméga-3 et vieillissement en bonne santé, une équipe américaine a procédé à des mesures répétées sur la durée des taux de différents oméga-3 circulants.

Conception de l’étude

Au total, 5.888 sujets adultes âgés ont été recrutés dans cette étude de cohorte prospective multicentrique Cardiobascular Health Study entre 1989 et 1993 et ont bénéficié d’examens cliniques annuels jusqu’en 1999. Les paramètres démographiques, l’état de santé, le mode de vie, les antécédents médicaux et d’hospitalisation étaient ainsi régulièrement relevés. Un entretien téléphonique tous les 6 mois a permis de suivre l’état de santé et la survenue d’éventuels événements cardiovasculaires jusqu’en juin 2015. Une évaluation des fonctions physiques et cognitives a été réalisée à l’occasion d’une visite en 2005-2006. Les taux de 46 acides gras oméga-3 circulants ont été mesurés sur des prélèvements sanguins effectués en 1992-93, 1998-99 et 2005-06.

Le vieillissement en bonne santé était défini par la survie sans maladie chronique (cardiovasculaire, pulmonaire, rénale ou cancer notamment), sans handicap physique ou cognitif, ou par un décès sans lien avec ces pathologies chroniques au-delà de de 65 ans.

Résultats

  • Au cours des 21.803 personnes années de suivi, seuls 11% des participants ont eu un vieillissement en bonne santé. L’âge moyen était de 74 ans à l’inclusion. 
  • Après ajustement sur différents facteurs (démographiques, risque cardiovasculaire, mode de vie …), ceux qui montraient les niveaux d’acides gras oméga-3 les plus élevés avaient, par rapport à ceux qui avaient les niveaux les plus faibles, un risque de ne pas vieillir en bonne santé réduit de 18%.
  • Les niveaux d’acides gras oméga-3 les plus élevés étaient plus souvent relevés chez des femmes, d’origine caucasienne, avec un niveau d’éducation élevé et un mode de vie sain.
  • Lorsque ce risque était évalué pour chaque type d’acide gras oméga-3 pris isolément, les niveaux les plus élevés en acide eicosapentaénoïque et docosapentaénoïque (quintile le plus élevé) étaient associés à une réduction du risque de ne pas vieillir en bonne santé de 24% et 18% respectivement par rapport aux sujets appartenant au quintile le plus bas. Mais cette baisse n’était pas retrouvée avec l’acide docosahexaenoïque, ni avec l’acide alpha-linolénique*. 
  • Une réduction linéaire du risque de ne pas vieillir en bonne santé a de plus été observée en fonction des taux circulants d’acides gras oméga-3 en acide eicosapentaénoïque (-15%, écart entre le quintile le plus élevé et le plus bas) et docosapentaénoïque (-16%), et d’acide docosahexaenoïque dans une moindre mesure (-12%).
  • Cette association entre taux d’acides gras oméga-3 et vieillissement en bonne santé ne variait pas en fonction de l’âge, du sexe, des taux acides gras oméga-6, ni d’apolipoprotéine E.

 

* acide gras essentiel que l’organisme ne sait pas synthétiser et qui doit être apporté par l’alimentation.