Des liens entre traitements de la goutte et risque de cancer


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon l’étude cas-témoins taïwanaise parue dans la Revue du Rhumatisme , les traitements antigoutteux ne sont pas significativement associés à une augmentation du risque global de cancer, mais le risque de lymphome non hodgkinien (LNH) ou de leucémie pourrait être sensiblement accru. Par ailleurs, les femmes seraient plus vulnérables, avec notamment un risque de cancers du sein, de l’ovaire et du col de l’utérus augmenté d’environ 20% en cas d’usage prolongé. La causalité et le mécanisme sous-jacent demandent à être clairement identifiés. Dans le délai, le principe de précaution impose d’étudier scrupuleusement le rapport bénéfice-risque lié à une prescription longue d’antigoutteux, notamment chez les femmes.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

Des études épidémiologiques ont décrit une relation entre les médicaments prescrits dans la goutte et le risque de cancer, notamment concernant l’allopurinol, mais elles demandent à être confirmées par des études de plus large envergure; ce que propose ce travail.

Méthodologie

Les données des bases de santé et d’assurance maladie taïwanaises ont été analysées sur la période 2001-2011 : chaque patient ayant été diagnostiqué pour plus d’un cancer, tous sites confondus, a été inclus et apparié à 4 cas témoins sans cancer selon le sexe, l’âge au diagnostic et la date du diagnostic. Dans les deux populations, les prescriptions préalables de traitements antigoutteux ayant duré au moins 2 mois ont été recherchées. L’analyse multivariée a été menée en prenant en considération un certain nombre de facteurs de confusion potentiels (notamment index de comorbidité, prescription d’aspirine, d’IEC, ARAII, statines).

Principaux résultats

  • Au total, l’analyse a permis de comparer 601.733 sujets diagnostiqués pour cancer à 1.406.932 sujets témoins. L’âge moyen était de 60,4 ans dans les deux groupes.
  • Aucune association n’a été identifiée entre l’utilisation d’un traitement de la goutte et le risque global de cancer (ORa : 1,007 [0,994–1,020]), ni spécifiquement pour chacune des classes thérapeutiques analysées individuellement (inhibiteurs de la synthèse de l’acide urique ou uricosuriques). En revanche, après stratification sur le sexe, les uricosuriques semblaient associés à un risque global de cancer pour les femmes (1,120 [1,075–1,167]).
  • Les antigoutteux étaient associés à un risque spécifique de cancer du sein féminin, du col de l’utérus et de l’endomètre, une fois l’analyse menée spécifiquement pour chaque localisation tumorale (ORa respectif de 1,214, 1,214 et 1,334, p significatifs) ainsi qu’au risque de LNH ou de leucémie (1,241 et 1,347). Les associations positives significatives concernaient notamment les prescriptions ≥365 jours pour le cancer du sein et le cancer de la prostate.

Principales limitations

Des facteurs potentiels de confusion comme l’hygiène de vie ou les antécédents familiaux n’étaient pas disponibles.