Des combinaisons de marqueurs plasmatiques de l’inflammation prédisent précocement l’évolution vers une maladie d’Alzheimer

  • Morgan AR & al.
  • Alzheimers Dement
  • 29 avr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Au sein d’une large cohorte d’observation européenne, et à partir du dosage de marqueurs plasmatiques de l’inflammation et de la régulation du complément, un modèle statistique a pu identifier une combinaison de 5 marqueurs biologiques capables de distinguer les sujets atteints de maladie d’Alzheimer (MA) de sujets contrôles, avec une forte valeur prédictive. La combinaison de trois d’entre eux a également permis de distinguer les sujets atteints de troubles cognitifs légers (TCL) de ceux atteints de MA avec une valeur prédictive modérée. Ces deux modèles statistiques ont pu être répliqués au sein d’une cohorte de validation. Deux composés, le facteur H et le facteur B, associés à l’âge, ont même pu prédire l’évolution d’un TCL vers une MA. Ces biomarqueurs, peut-être associés à d’autres déjà identifiés, pourraient jeter les bases d’un test diagnostique réalisable précocement et à partir de simples échantillons sanguins. Des résultats qui demandent à être confirmés en vue d’une future application clinique.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

La recherche de biomarqueurs susceptibles de contribuer au diagnostic précoce ou à la stratification de la MA suscite beaucoup d’engouement. Pour l’heure, seuls les biomarqueurs du liquide céphalorachidien sont utilisés, avec une approche qui reste assez invasive surtout pour des sujets âgés présymptomatiques. L’identification de marqueurs plasmatiques permettrait d’envisager un dépistage précoce à plus grande échelle, mais parmi les nombreux candidats, aucun n’apparaît encore suffisamment confirmé pour être utilisé en pratique courante. L’inflammation, et notamment les régulateurs du système du complément, ont été identifiés comme étant impliqués de façon précoce dans le processus physiopathologique de la MA. Ainsi est née l’idée que les taux plasmatiques de certains de leurs composants pourraient varier au cours de l’évolution de la pathologie et peut-être permettre de prédire les plus susceptibles d’évoluer vers une MA.

Méthodologie 

À partir des données disponibles dans la littérature, 53 protéines impliquées dans les voies de l’inflammation et le système du complément ont été identifiées. Puis elles ont été dosées par immuno-essai dans une large cohorte d’observation (AddNeuroMed, n=720) comprenant des sujets âgés contrôles (n=259) et d’autres souffrant de TCL (n=199) ou de MA (n=262). Un système de modélisation a été utilisé pour identifier les combinaisons de composés plasmatiques les plus prédictives d’appartenance à un groupe clinique (contrôle, TCL ou MA). Les résultats ont ensuite été validés sur une cohorte indépendante (EMIF-AD MBD, n=867).

Résultats 

  • Parmi les 53 composés plasmatiques analysés, 10 ont laissé apparaître des différences significatives entre les trois groupes cliniques, contrôles, TCL ou MA.
  • En analyse de régression logistique, un modèle associant 5 d’entre eux, le facteur B (FB), le facteur H (FH), le récepteur 1 soluble du complément (sCR1), la monocyte chemo-attractant protein 1 (MCP-1) et l’éotaxine-1, permettait de distinguer les sujets atteints de MA des sujets contrôles, après ajustement sur l’âge et le statut APOE4. La précision diagnostique était de 77%, avec une aire sous la courbe (ASC) de 0,79 (sensibilité de 84%, spécificité de 70%).
  • Un autre modèle associant trois de ces composés, sCR1, MCP-1 et l’éotaxine-1, à l’âge et au statut APOE4 permettait quant à lui une distinction optimale entre sujets TCL et MA (ASC 0,74, précision diagnostique 61%, sensibilité 75%, spécificité 66%). 
  • Ces modèles prédictifs ont pu être retrouvés dans la cohorte indépendante de validation, avec des niveaux de sensibilité et de spécificité similaires.
  • Par ailleurs, la comparaison des sujets TCL qui avaient évolué vers une MA 12 mois plus tard par rapport à ceux qui étaient restés stables sur cette même période, a permis d’identifier deux composés, FB et FH, qui associés à l’âge, étaient capables de prédire l’évolution des TCL vers la MA (valeur prédictive modérée, ASC 0,71, sensibilité 71%, spécificité 67%).

Limitations

Les procédures de prélèvements sanguins et d’immuno-essais n’étaient pas standardisées entre les différents centres. Les données d’imagerie et de dosage des marqueurs du liquide céphalo-rachidien n’étaient pas disponibles.