Derrière les troubles fonctionnels intestinaux, l’alimentation industrielle

  • Schnabel L & al.
  • Am J Gastroenterol
  • 15 juin 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Les données de plus de 33.000 personnes participant à la cohorte française Nutrinet-Santé démontrent qu’une proportion importante d’aliments industriels ultra-transformés dans l’alimentation quotidienne est associée à un risque accru de souffrir du syndrome de l’intestin irritable (SII). Cette consommation est aussi associée à la présence concomitante de SII et de dyspepsie fonctionnelle, mais n’est pas associée à celle de la dyspepsie isolée, indiquant que le SII conduit probablement le risque de survenue de dyspepsie. En revanche, l’analyse ne montre pas de liens avec les autres troubles fonctionnels intestinaux (TFI) : diarrhée ou constipation fonctionnelles.

  • Les auteurs rappellent que la physiopathologie des TFI est encore mal connue et que la composition nutritionnelle, tout comme les additifs ou contaminants des aliments, pourraient être impliqués. Ils soulignent que ces résultats, associés à ceux précédemment publiés sur l’impact des aliments industriels sur d’autres paramètres de santé, devraient motiver une réflexion sur l’intégration de l’origine des aliments dans les recommandations nationales sur la nutrition et l’alimentation.

Pourquoi est-ce important ?

Le rôle des aliments ultra-transformés sur le risque de TFI n’a pas fait l’objet d’études spécifiques, alors qu’ils occupent une part importante de l’alimentation des Français et qu’ils induisent un déséquilibre nutritionnel (pauvres en fibres, riches en sodium, sucres et acides gras) qui pourrait être délétère pour les fonctions intestinales. Plusieurs publications ont ainsi déjà rapporté les associations entre la consommation de certains aliments non équilibrés et les TFI ou entre l’équilibre nutritionnel et certains TFI, mais la littérature rapportant les associations entre l’équilibre nutritionnel et l’ensemble des TFI est pauvre, justifiant ces travaux.

Principaux résultats

  • Les données de 33.343 participants (76,4 % de femmes, 50,4 ans en moyenne) ayant rempli les questionnaires sur l’alimentation et sur les TFI ont pu être analysées.

  • Parmi eux, 10,5% étaient touchées par le SII, 5,4% par la constipation fonctionnelle, 3,9% par la dyspepsie fonctionnelle et 1,1% par une diarrhée fonctionnelle. Parallèlement, les aliments ultra-transformés représentaient en moyenne 16% en poids et 33% en apport énergétique de l’alimentation quotidienne.

  • La classification en quartiles de consommation d’aliments ultra-transformés basée sur le poids, reflétant plus précisément l’impact potentiel des contaminants et apports non caloriques (édulcorants, additifs…) montre que ceux appartenant au quartile des plus forts consommateurs sont ceux respectant le moins le PNNS, et ayant les plus forts apports en calories, en acides gras saturés et en sucres simples.

  • L’ajustement sur les paramètres sociodémographiques, anthropométriques, d’hygiène de vie et sur l’apport énergétique montre que l’augmentation du poids que représentent les aliments ultra-transformés dans l’alimentation quotidienne est associée au risque de SII et de dyspepsie fonctionnelle : les odds ratio ajustés (ORa) correspondants sont respectivement de 1,25 ([1,12-1,39], pversus le plus faible.

  • La même analyse intégrant uniquement les sujets ayant un SII isolé ou une dyspepsie isolée a été conduite, de même qu’une analyse dédiée seulement à ceux présentant les deux TFI : elles montrent que l’association entre l’apport croissant en aliments ultra-transformés et TFI est conservée uniquement pour les SII seuls ou pour les sujets présentant SII et dyspepsie (ORa respectivement de 1,21 [1,08-1,36], p=0,0004 et 1,42 [1,12-1,80], p=0,002).

Méthodologie

L’analyse est issue des données de la cohorte Nutrinet-Santé qui rassemble 158.561 participants, et concerne uniquement les personnes ayant rempli le questionnaire d’alimentation (description exhaustive de toutes les consommations sur 3 jours tirés au hasard sur 15 jours) et le questionnaire Rome III en juin 2013.

Principales limitations

Les données concernant les TFI et l’alimentation sont auto-déclarées et les participants à Nutrinet-Santé sont des volontaires, majoritairement de sexe féminin, sensibles aux questions d’alimentation et d’hygiène de vie.

Financement

Nutrinet-Santé est financée par différentes fondations, associations et structures publiques.