Derrière le paradoxe de l’obésité, la masse maigre

  • Lee DH & al.
  • BMJ
  • 3 juil. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Après un suivi moyen de 21,4 ans, une relation en J est bien retrouvée entre l’IMC et la mortalité dans la cohorte masculine de professionnels de santé HPFS, comme cela a pu être décrit dans d’autres études, illustrant le concept de ‘paradoxe de l’obésité’. En revanche, la même analyse, menée sur la seule masse grasse (MG) ou la seule masse maigre (MM) apporte des éléments de compréhension : il existe bien une relation étroite entre la MG et la mortalité toutes causes ou spécifique (cardiovasculaire, cancer). En revanche, la relation entre MM et ces différents paramètres de mortalité suit une courbe en U. Seule l’association entre MM et mortalité respiratoire suit une association inverse.

  • Il semble donc que la distinction entre MM et MG permettent d’apporter des informations utiles pour mieux comprendre l’impact de la composition corporelle sur le pronostic. Cette étude montre aussi que le tabagisme peut influencer significativement ces associations.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

La littérature a mis en évidence de nombreuses données prospectives décrivant un ‘paradoxe de l’obésité’ derrière la moindre mortalité des sujets ayant un IMC élevé. Selon les études, les liens entre ces deux paramètres sont décrits par une relation en U, en J ou par une relation linéaire. En réalité, ces divergences pourraient s’expliquer par le fait que l’IMC offre un reflet inexact de l’adiposité, puisqu’elle ne distingue pas MM et MG. La MM est délicate à apprécier dans des cohortes importantes, car elle demande l’utilisation de techniques sophistiquées (absorptiométrie, imagerie). L’utilisation d’équations prédictives validées et fiables permet pour la première fois de conduire une analyse à large échelle de l’association liant composition corporelle et pronostic.

Méthodologie

  • Les auteurs ont utilisé une équation prédictive à partir de 7.531 hommes de la cohorte NHANES [1] ayant bénéficié d’une absorptiométrie biphotonique X (DXA) qui a ensuite été validée auprès de 2.292 hommes (coefficient de détermination R2 de 0,91 et de 0,90 pour la MM et la MG respectivement).

  • Elle a été appliquée aux données issues de la cohorte HPFS établie en 1983 et ayant bénéficié d’un suivi régulier, sur une durée de 25 ans.

Principaux résultats

  • Les données de 38.006 hommes (en moyenne, 54,4 ans et IMC 25,4 kg/m²) ont été analysées sur une durée moyenne de 21,4 ans. Leur MG et leur MM ont été calculées à partir de l’équation prédictive et, au total, 12.356 décès ont été notifiés.

  • Selon une analyse multivariée (sur l’âge, l’origine, l’hygiène de vie et les antécédents familiaux cardiovasculaires et les cancers), ceux appartenant au plus fort quintile de MG présentaient un hazard ratio de mortalité toutes causes de 1,35 par rapport à ceux du plus faible quintile. L’association entre mortalité toutes causes et MG était plus élevée chez les non ou ex-fumeurs que chez les autres et chez les sujets les plus jeunes par rapport aux plus âgés.

  • La relation associant MM et mortalité toutes causes suivait une courbe en U, avec un risque de décès de 8 à 10% inférieur pour ceux appartenant au 2e et jusqu’au 4e quintile de MM, par rapport à ceux du plus faible quintile. L’association liant MM et mortalité était plus forte pour les fumeurs actuels que pour les autres. L’âge ne semblait pas influencer le résultat.

  • Les sujets du quintile de MG le plus élevé avaient un ratio de risque de mortalité cardiovasculaire de 1,67 [1,47-1,89], de mortalité par cancer de 1,24 [1,09-1,43] et de mortalité d’origine respiratoire de 1,26 [0,97-1,64].

  • La relation entre MM et mortalité cardiovasculaire ou mortalité par cancer suivait une forme en U, alors que celle la liant à la mortalité d’origine respiratoire suivait une tendance inverse : par rapport à ceux du plus faible quintile de MM, les hommes appartenant au quintile le plus élevé présentaient un ratio de risque de 0,50 [0,39-0,65].

Principales limitations

  • Les MM et MG utilisées dans cette étude ont été prédites.
  • La généralisation de ces données à l’ensemble de la population et aux femmes, reste à vérifier.

Financement

L'étude a été financée par le NIH.