Dépression : un profil de sévérité plus marqué chez les sujets dépendants à l’alcool

  • Carton L et al.
  • Drug and Alcool dependance
  • 23 mars 2018

  • de Agnès Lara
  • Lecture critique
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À retenir

Cette étude française en population générale montre que les sujets qui souffrent à la fois de troubles dépressifs majeurs (TDM) et de troubles liés à l’alcool (TLA), présentent un profil plus large et plus sévère sur le plan de la symptomatologie dépressive et des comorbidités psychiatriques. Et ceci est particulièrement vrai chez les sujets qui présentent une dépendance à l’alcool. Ainsi, certains symptômes des TDM comme les troubles du sommeil, le sentiment de culpabilité, les difficultés de prise de décision, ou les pensées suicidaires concernent davantage cette sous-population. Des comorbidités psychiatriques telles que les troubles bipolaires ou certains troubles anxieux (troubles de stress post-traumatiques notamment) sont également associées à la dépendance à l’alcool. Les syndromes psychotiques sont aussi plus fréquents chez les sujets présentant des TLA (simple abus ou dépendance vs absence de troubles liés à l’alcool). 

Pourquoi est-ce important ?

Par comparaison aux sujets souffrant de TDM ou de TLA séparément, ceux qui sont concernés par ces deux ensembles de comorbidités ont un plus mauvais pronostic (délai de rehospitalisation plus court, risque plus élevé de décès prématuré, etc.). L’équipe de Louise Carton au CHU de Lille a voulu creuser la question et a étudié les profils de TDM et leur association avec les comorbidités psychiatriques selon que les sujets étaient concernés ou non par les TLA.

Résultats

  • L’étude sur la santé mentale en population générale a été menée par des infirmières spécialisées auprès de 38.694 sujets adultes sur 47 sites en France. Seuls les sujets répondant aux critères des TDM ont été évalués (n=4.339, soit 11,2%). Parmi eux, 413 (9,5%) étaient concernés par des TLA, 3,2% par l’abus d’alcool et 6,3% par la dépendance à l’alcool. 6% présentaient également une consommation abusive d’autres substances (AS) et 2% étaient concernés à la fois par les TLA et les AS. Les sujets non concernés par l’abus d’alcool servaient de groupe contrôle.
  • Parmi les items du MINI concernant les TDM, seules la tristesse et l’anhédonie ont pu être associées à l’abus d’alcool de façon isolée (OR de 0,46 [IC95% 0,29-0,74] et de 1,66 [IC95% 1,06-2,73] respectivement). La diminution de la tristesse dans cette population pourrait s’expliquer par l’action euphorique de l’alcool, alors qu’un effet dépressif prévaudrait chez les sujets dépendants à l’alcool.
  • Plusieurs traits des TDM ont pu être associés à la dépendance à l’alcool seule : troubles du sommeil (OR 2,07 [1,51-2,98]), sentiment de culpabilité (OR 1,41 [1,05-1,90]), difficultés de concentration ou de prise de décision (OR 1,52 [1,12-2,07]), et pensées suicidaires (OR 1,95 [1,49-2,55]).
  • Les troubles bipolaires (OR 2,18 [1,42-3,30]) et les troubles de stress post-traumatique (OR 3,19 [1,70-5,52]) ont également pu être associés à la dépendance à l’alcool mais non à l’abus d’alcool.
  • Les pertes de poids ou d’appétit ont été associées à la fois à l’abus (OR 1,7 [1,15-2,53]) et à la dépendance à l’alcool (OR 1,41 [1,06-1,88]).
  • Enfin, les syndromes psychotiques, les tentatives de suicide et le trouble panique ont été associés à la fois à l’abus et à la dépendance à l’alcool.

Méthodologie

Les troubles dépressifs et ceux liés à l’alcool ont été évalués à partir de la version française du Mini International Neuropsychiatric Interview 5.0.0. Étaient pris en compte les 10 items concernant les TDM, les troubles bipolaires, psychotiques et les tentatives de suicide. L’abus de substances autres que l’alcool était aussi recherché, de même que les comorbidités liées à l’anxiété (trouble panique avec ou sans agoraphobie, phobie sociale, troubles anxieux généralisés, troubles de stress post-traumatique).

Limitations

L’étude a été réalisée à partir de données anciennes (2003). Par ailleurs son caractère observationnel et transversal ne permet pas d’établir de liens de cause à effet.