Dépression majeure : les techniques de stimulation transcrânienne non invasives ont de l’avenir

  • Mutz J & al.
  • BMJ
  • 27 mars 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une méta-analyse en réseau a comparé l’efficacité et l’acceptabilité de différentes techniques de stimulation cérébrale non invasives dans la dépression majeure de l’adulte. Elle montre que plusieurs d’entre elles réduisent davantage les symptômes dépressifs qu’une procédure factice. L’efficacité de l’électroconvulsivothérapie (ECT) bitemporale et de l’ECT unilatérale droite à haute dose est confirmée avec des effets similaires. Mais la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) à haute fréquence gauche, à basse fréquence droite, et la stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS), montrent aussi de bons résultats. La SMTr bilatérale n’apporte que peu d’amélioration par rapport une approche unilatérale. La thêta burst stimulation et le pré-conditionnement par SMT ont également été associées à une amélioration des symptômes dépressifs, bien que les preuves soient plus limitées pour ces techniques d’apparition plus récentes. Par ailleurs, pour l’ensemble de ces différentes approches, le nombre d’arrêts de traitement n’était pas significativement différent de celui des procédures factices.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

De nombreux patients dépressifs ne répondent pas ou insuffisamment aux traitements pharmacologiques ni aux psychothérapies, ou bien ne les tolèrent pas.  Ce constat a amené les chercheurs à explorer diverses techniques de stimulation cérébrale non invasives en traitement tertiaire des épisodes dépressifs majeurs dans l’objectif de personnaliser les traitements. L’électroconvulsivothérapie et la stimulation transcrânienne répétitive ont été les premières à montrer une efficacité dans ce domaine thérapeutique. Et de nombreuses autres techniques ont fait leur apparition depuis une dizaine d’années. Mais ces différentes approches n’ont pas été comparées dans des essais en tête-à-tête et les méta-analyses existantes ne se sont intéressées qu’à une partie d’entre elles. Pour obtenir une vision plus complète, des chercheurs britanniques ont réalisé une méta-analyse en réseau qui a pris en compte l’ensemble des techniques de stimulation cérébrale non invasives évaluées dans les épisodes de dépression majeure.

Méthodologie

Cette revue systématique a pris en compte tous les essais randomisés ayant comparé différentes techniques de stimulation cérébrale non invasives (électroconvustivothérapie (ECT), stimulation magnétique transcrânienne (SMT), thêta burst stimulation (TBS), stimulation transcrânienne à courant continu (tDCS) et thérapie par convulsion magnétique (TCM), à une procédure factice. La méta-analyse a ensuite comparé l’efficacité (réduction des symptômes dépressifs d’au moins 50%) et l’acceptabilité (arrêts de traitement) de ces différentes techniques deux à deux et en réseau.

Résultats 

  • Cent treize essais représentant 6.750 patients ont été retenus pour l’analyse. Les sujets inclus étaient majoritairement des femmes (59%) de 47,9 ans d’âge moyen et présentant une dépression majeure ou des troubles bipolaires, résistants aux traitements usuels pour la plupart (81%).
  • Les techniques les plus étudiées étaient la SMT répétitive (SMTr) gauche et bilatérale, l’ECT et la tDCS, les approches plus récentes ayant été encore peu évaluées. Il s’agissait le plus souvent de comparaison à une procédure factice, car peu de traitements actifs ont été comparés en tête-à-tête. Pour 83% des essais inclus dans la méta-analyse, le risque de biais était considéré comme étant faible ou indéterminé.
  • Dans l’analyse par paire, l’ECT bitemporale, la SMTr gauche à haute fréquence, la SMTr droite à basse fréquence, la tDCS et la stimulation magnétique transcrânienne profonde se sont montrées plus efficaces que la procédure contrôle. Et le nombre d’arrêts de traitement n’était pas différent entre traitements actifs et procédures contrôles.
  • Dans la méta-analyse en réseau, 10 des 18 stratégies de traitement étudiées se sont montrées supérieures à la procédure contrôle du point de vue de l’efficacité : l’ECT bitemporale (odds ratio global de 8,91 [2,57-30,91]), l’ECT unilatérale droite à haute dose (7,27 [1,90-27,78]), le pré-conditionnement par SMT (6,02 [2,21-16,38]), la TCM (5,55 [1,06-28,99]), la SMTr bilatérale (4,92 [2,93-8,25]), la thêta burst stimulation bilatérale (4,44 [1,47-13,41]), SMTr droite à basse fréquence (3,65 [2,13-6,24]), la thêta burst stimulation intermittente (3,20 [1,45-7,08]), la SMTr gauche à haute fréquence (3,17 [2,29-4,37]) et la tDCS (2,65 [1,55-4,55]).
  • Sur le plan de la tolérance, toutes ces approches se sont montrées au moins aussi acceptables que la procédure factice.

Limitations

Pour la majorité des essais inclus, le risque de biais était indéterminé.