Dépression majeure : efficacité maintenue de l’eskétamine sur la durée

  • Daly EJ & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 5 juin 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles

À retenir

Chez les patients souffrant de dépression pharmacorésistante et ayant répondu à un traitement par eskétamine intranasale associé à un antidépresseur par voie orale (rémission ou réponse stable) au cours d’un traitement de 16 semaines, la poursuite du traitement apporte une réduction significative du risque de rechute de dépression par rapport au placebo + antidépresseur par voie orale. Ces données et les données de sécurité obtenue par le département des Neurosciences du laboratoire Janssen sont en faveur d’une balance bénéfices/risques favorable sur la durée.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Chez les patients souffrant de dépression majeure pharmacorésistante, l’eskétamine par voie nasale a apporté la preuve de son intérêt en association à un antidépresseur pour réduire le risque de rechute à court terme. Mais l’intérêt d’un maintien sur la durée n’avait jusqu’ici encore jamais été exploré. Il vient d’être évalué dans le cadre d’un essai contrôlé randomisé de phase 3.

Méthodologie 

Cet essai a enrôlé des patients atteints de troubles dépressifs majeurs. Ceux n’ayant pas répondu à au moins un antidépresseur par voie orale (ADO), pour l’épisode dépressif traité au cours d’une phase de screening de 4 semaines, entraient dans une phase d’induction de 4 semaines en ouvert durant laquelle ils recevaient de l’eskétamine par spray nasal (56 ou 84 mg) deux fois par semaine en plus d’un nouvel ADO quotidien ou bien un placebo et le nouvel ADO. Ceux qui avaient répondu au traitement actif le poursuivaient durant une phase d’optimisation à l’aveugle de 12 semaines avec des doses conservées d’eskétamine et une fréquence d’administration individualisée en fonction de la sévérité des symptômes dépressifs. Enfin, ceux qui avaient obtenu une rémission ou une réponse stable lors de la 16semaine entraient dans une phase de maintien durant laquelle l’eskétamine était poursuivie ou arrêtée (switch vers le placebo) selon l’attribution de la randomisation. Et le délai jusqu’à la première rechute était alors observé (critère principal d’évaluation).

Résultats 

Sur les 705 patients enrôlés dans l’étude, 455 sont entrés en phase d’optimisation et ont reçu un traitement par spray nasal d’eskétamine en plus d’un ADO.

Après les 16 semaines de traitement, 297 patients ont obtenu une rémission (n=176) ou une réponse stable (n=121) et ont pu entrer dans la phase de maintien (âge moyen 46,3 an, 66,3% de femmes). 

Chez les patients en rémission stable lors de l’entrée dans la phase de maintien, 24 (26,7%) ont rechuté dans le groupe eskétamine + ADO et 39 (45,3%) dans le groupe placebo + ADO, sur une durée d’exposition médiane de 17,7 semaines.

Chez ceux ayant obtenu une réponse stable (mais pas de rémission), le taux de rechute a été de 25,8% dans le groupe eskétamine + ADO et de 57,6% dans le groupe placebo + ADO, sur une durée d’exposition médiane de 19,4 semaines.

La comparaison des deux groupes a montré que le maintien de l’eskétamine permettait de réduire le risque de rechute par rapport au groupe placebo + ADO : de 51% chez les sujets ayant obtenu une rémission stable et de 70% chez ceux ayant obtenu une réponse stable. 

Dans le groupe eskétamine + ADO, les effets indésirables (EI) n’ont concerné que peu de patients durant la phase de maintien (moins de 7%) et étaient pour la plupart d’intensité faible à modérée. Les plus fréquemment enregistrés étaient une agueusie transitoire, des vertiges et étourdissements, une dissociation ou une somnolence. Aucun EI grave n’a été relié à l’usage d’eskétamine au cours des différentes phases de traitement.

Limites

L’eskétamine a des effets dissociatifs et sédatifs qui ont pu révéler l’attribution au staff médical.

Financement

Travaux réalisés par le département des Neurosciences de Titusville du laboratoire Janssen.