Dépression : incidence cérébrale de la maltraitance de l’enfant


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Le suivi d’un groupe de patients présentant un épisode de dépression majeur à l’inclusion a permis d’établir une association entre le risque de rechute et l’existence d’antécédents de maltraitance dans l’enfance. Tous ayant bénéficié d’une IRM à l’inclusion, il a aussi été possible d’établir que ces deux paramètres étaient directement associés à l’aire du cortex insulaire droit, celle-ci étant d’autant plus faible que les scores de maltraitance et la sévérité des scores de dépression étaient élevés. Ces résultats étaient indépendants de la prise de médicaments psychotropes.

Il existerait donc bien une trace laissée par la maltraitance au niveau limbique qui influencerait à la fois le risque de dépression et son pronostic. Étant donné que les modifications corticales ont été observées au niveau insulaire, les auteurs estiment que les stratégies thérapeutiques conventionnelles pourraient être moins efficaces parmi cette population.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

Dans la littérature, plusieurs études ont été consacrées à décrire deux à deux les liens entre maltraitance, dépression et altération de certaines structures cérébrales, mais aucune n’avait jusqu’à présent décrit un lien entre les trois paramètres via une étude longitudinale auprès d’un effectif suffisant.

Méthodologie

  • L’étude a été menée dans un hôpital universitaire allemand entre 2016 et 2018. Au total, 110 patients adultes présentant un trouble dépressif majeur ont été recrutés afin de participer à un examen clinique et une imagerie IRM. Ils ont ensuite été suivis deux ans.
  • À l’inclusion, les participants (entre 18 et 60 ans) ont répondu à plusieurs questionnaires permettant d’évaluer la maltraitance ( Childhood Trauma Questionnaire , évaluant cinq formes de maltraitance : abus physique, sexuel, émotionnel, négligence émotionnelle et physique) et la dépression (critères DSM-IV, questionnaires de Beck et Hamilton Rating Scale for Depression ).

Principaux résultats

  • Parmi les 110 personnes initialement recrutées, 75 ont présenté au moins une rechute de la dépression durant les 2 années de suivi.
  • La sévérité du score de maltraitance et l’aire du cortex insulaire droit apparaissaient associées au risque de rechute selon le modèle ajusté sur l’âge, le sexe et le volume intracrânien (VIC). Cette relation est restée vérifiée après avoir intégré la charge médicamenteuse initiale. Aucune mesure d’autre zone corticale ou sous-corticale n’a pu être identifiée comme étant associée à ce risque.
  • Par ailleurs, la sévérité du score de maltraitance apparaissait inversement associée à l’aire du cortex insulaire droit après avoir ajusté le modèle sur l’âge, le sexe, et le VIC, ainsi qu’après y avoir associé la charge médicamenteuse.
  • L’évaluation du score de chronicité de la dépression à l’inclusion a également été conduite et a permis d’observer son association logique avec le risque de rechute. Les mêmes analyses menées après appariement selon ce score ont mené à des conclusions identiques.

Principales limitations

L’étude était rétrospective et les psychothérapies éventuellement suivies n’ont pas été intégrées à l’analyse.

Financement

L’étude a été financée par des fonds publics et des fondations allemandes.