Dépistage universel de l’hépatite C : avis négatif de la HAS


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Les nouveaux traitements contre l’hépatite C sont efficaces etaccessibles à tous depuis 2017 en France.  On estime à 133.000 personnes le nombre de personnes atteintes d’hépatite C chronique, dont 19% ignoreraient qu’elles sont porteuses du virus. La stratégie nationale actuelle de dépistage est ciblée sur les populations à risque : usagers de drogues intraveineuses, partenaires sexuels des personnes atteintes d’hépatite C chronique, population carcérale, patients séropositifs pour le VIH (virus de l’immunodéficience humaine), porteurs du virus de l’hépatite B. Faut-il élargir le dépistage à l’ensemble de la population générale pour en améliorer l’efficacité et l’efficience (rapport coût-efficacité) ?

La HAS (Haute Autorité de santé) a répondu par la négative, après analyse de la littérature internationale et française sur le sujet. En effet, d’après les données épidémiologiques récentes, la proportion de personnes touchées par l’hépatite C est non seulement faible par rapport au reste du monde, mais elle baisse : 0,42% de la population française en 2011, 0,30% en 2016, contre 1% en moyenne à l’échelle mondiale (en 2014). En outre, aucune étude internationale n’a montré l’efficience d’une stratégie de dépistage portant sur l’ensemble de la population et aucune recommandation étrangère ne la promeut.

À ces arguments, la HAS ajoute l’expérience passée du dépistage du VIH en population générale, qui a été recommandé en France, mais s’est notamment heurté au fait que « les personnes les plus à risque de contamination sont de manière générale éloignées du système de soins, donc peu susceptibles de participer au dépistage. » L’Agence préconise donc d’intensifier le dépistage ciblé, « avec une vigilance particulière sur le risque de réinfection dans les populations au risque élevé d’exposition au virus de l’hépatite C”.

Cet avis de la HAS n’est pas partagé par tous les hépatologues. Le journal Libération rapporte ainsi l’avis du Dr Bourlière, Président de l’AFEF (Association française pour l’étude du foie – Société française d’hépatologie) : « Une stratégie de dépistage pertinente consisterait en la réalisation d’un dépistage une fois dans la vie dans la population générale, et un dépistage annuel dans les populations à risque. » Et celui du Pr Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon (Paris) : « En 2018, une modélisation mathématique réalisée par Sylvie Deuffic-Burban et l’équipe Inserm dirigée par le professeur Yazdan Yazdanpanah a montré que la stratégie de dépistage la plus efficace et la plus rentable serait le dépistage universel. A la condition d’un traitement de tous les positifs. » Mais les uns et les autres sont d’accord pour renforcer le dépistage en direction des populations à risque.