Dépistage du diabète gestationnel : faut-il l’envisager plus précocement ?

  • Cosson E & al.
  • Diabetes Metab
  • 28 nov. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

L’équipe du Professeur Emmanuel Cosson du CHU de Bondy en région parisienne est partie de l’hypothèse qu’un diagnostic précoce d’hyperglycémie durant la grossesse conduisait à sa prise en charge anticipée et donc pouvait réduire les conséquences obstétricales d’un diabète gestationnel. Or, les résultats d’une étude observationnelle menée par son équipe à partir des données informatisées de plus de 9.700 femmes montrent que cela ne serait pas si évident. Ces données soulignent que par rapport à un "dépistage tardif seul", un dépistage précoce (avant 22 semaines d’aménorrhée-SA), réitéré s’il est négatif (« dépistage précoce ± tardif ») conduit à dépister une proportion plus importante de femmes ayant une hyperglycémie et à les prendre en charge plus rapidement. En revanche, l’incidence des événements obstétricaux délétères liés à un diabète gestationnel, ne serait pas différente selon que le dépistage est réalisé et pris en charge avant ou après 22 SA. Les auteurs invitent cependant à ne pas tirer de conclusions trop hâtives sur l’intérêt ou non d’un dépistage précoce, et soulignent la nécessité de réaliser des études randomisées pour confirmer ces données.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’hyperglycémie durant la grossesse apparaît habituellement durant la seconde moitié de celle-ci, lorsque l’insulino-résistance augmente. Cependant, attendre la 24SA pour dépister une hyperglycémie conduit à retarder sa prise en charge et donc à augmenter les risques obstétricaux sévères associés.

Méthodologie

Cette étude observationnelle a été réalisée au CHU de Bondy, entre janvier 2012 et octobre 2016. Les évaluations ont porté sur les données médicales informatisées enregistrées par l’établissement concernant les grossesses suivies jusqu’à l’accouchement. Les données des femmes ayant des antécédents de diabète ou de chirurgie bariatrique étaient excluses.

Principaux résultats

Parmi les 9.795 femmes incluses, 47,0% ont bénéficié d’un dépistage précoce et d’une prise en charge adaptée ou de la planification d’un nouveau dépistage si le premier était négatif. La proportion de femmes ayant bénéficié d’un « dépistage précoce ± tardif » a augmenté au fur et à mesure des années au cours de l’étude (25,6% en 2012, 44,5% en 2013, 49,0% en 2014, 51,4% en 2015 et 53,7% en 2016, p

Le statut glycémique était différent entre les deux groupes. En effet, 10,3% des femmes du groupe « dépistage précoce ± tardif » ont été dépistées pour un diabète gestationnel précoce, 12,1% pour un diabète gestationnel et 0,9% un diabète avéré, contre respectivement 16,8% pour un diabète gestationnel et 1,2% pour un diabète avéré chez celles qui ont bénéficié d’un « dépistage tardif » uniquement (p

Les analyses ont révélé qu’il n’y avait pas de différence dans la survenue du critère composite principal d’évaluation (pré-éclampsie, poids de naissance supérieur à celui de l’âge gestationnel correspondant et dystocie des épaules) : 12,0% dans le groupe dépistage « précoce ± tardif » contre 11,6% dans le groupe dépistage tardif, soit un odds ratio de 1,04 ([0,92-1,18], p=0,53). Ces résultats ont été confirmés après ajustement par score de propension. 

Principales limitations

Une proportion importante des femmes avaient des conditions de vie précaires.

Cette étude est observationnelle et les caractéristiques des femmes incluses dans les deux groupes n’étaient pas similaires. Notamment les femmes ayant bénéficié d’un « dépistage précoce ± tardif » étaient plus susceptibles de présenter des facteurs de risque de diabète gestationnel que les autres.