Dépistage du cancer du col de l’utérus : quel est le profil des femmes qui ne sont pas à jour ?

  • BMC Cancer

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

À partir d’une large cohorte, des chercheurs français ont évalué la réalisation du test Pap en fonction de l’utilisation ou non d’un mode de contraception et d’un certain nombre de critères personnels. Les résultats montrent que les femmes qui consultent un gynécologue ont plus de chance d’être à jour de ce dépistage que celles qui consultent un médecin généraliste. Celles sous contraception médicale (hormonale ou non) auraient également plus de chance de bénéficier d’un dépistage régulier. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Le dépistage du cancer du col de l’utérus est recommandé en France tous les 3 ans par frottis (test Pap) pour toutes les femmes sexuellement actives entre 25 et 65 ans. Or, 40 à 50% de cette population réaliseraient ce test de manière irrégulière ou ne le réaliseraient pas. En France, le dépistage est principalement opportuniste et ne serait organisé que pour 13,4% de la population cible. Un déploiement du dépistage organisé est planifié depuis 2018. Il était important d’explorer les facteurs inhérents à la limitation de ce dépistage.

Méthodologie

CONSTANCES est une étude transversale ayant évalué la réalisation de test Pap au sein d'une large cohorte en tenant compte de facteurs en lien avec la santé comme l’IMC, les difficultés financières, ainsi que des critères associés à la vie sexuelle. Les femmes incluses dans cette étude étaient des volontaires âgées de 25 à 50 ans réalisant un test de santé dans l’un des 22 centres de santé présélectionnés. Après l’inclusion, les participantes étaient suivies grâce à un questionnaire annuel auto-administré. 

Principaux résultats

Au total 16.764 femmes âgées de 25 à 50 ans ont été incluses dans les analyses (âge moyen 39 ans). 

  • 11,2% des femmes ont rapporté ne pas être à jour du dépistage du cancer du col de l’utérus, 4,1% n’avaient jamais réalisé ce test et 7,1% en avaient réalisé un il y avait plus de 3 ans.
  • Les jeunes et celles qui avaient un niveau d’éducation plus faible avaient plus de risque de ne pas être à jour de ce dépistage.
  • Les femmes suivies par un gynécologue étaient plus susceptibles d’être à jour de ce dépistage que celles suivies par un médecin généraliste.
  • Les analyses multivariées ont montré que par rapport aux femmes sous DIU, celles qui n’utilisaient pas de contraceptif et celles qui utilisaient une contraception non médicale avaient plus de risque de ne pas être à jour du dépistage : odds ratio ajusté respectif de 2,6 [2,2-3,0] et de 1,8 [1,6-2,1].
  • En revanche, aucune différence significative de retard dans la réalisation de ce test n’a été mise en évidence en fonction des différentes méthodes de contraception médicale (implant ou contraception hormonale orale).
  • Les femmes fumeuses, ayant des difficultés financières, en surpoids ou obèses, étaient plus susceptibles de ne pas être à jour de ce dépistage.
  • L’orientation sexuelle peut jouer un rôle important. Ainsi, les lesbiennes réalisaient moins souvent un test Pap et se sentaient moins concernées par ce dépistage. 

Il est admis que les femmes issues d’un environnement socio-économique privilégié et celles ayant un niveau d'éducation universitaire ont un meilleur taux de dépistage. Ce qui peut expliquer que les résultats de cette étude soient supérieurs aux données de l’Assurance maladie compte tenu de la sur-représentativité dans cette cohorte des femmes ayant un haut niveau d’éducation. 

Principales limitations

Les questions liées à la religion nécessitent en France des autorisations spécifiques, celles-ci n’ont donc pas été intégrées à cette étude. Or, elles peuvent constituer un biais, notamment si le gynécologue est un homme. La date de réalisation du dernier test Pap était auto-déclarée ce qui peut avoir induit une sous-estimation de la date.