Dépistage du cancer colorectal en France : à optimiser rapidement !


  • Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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Deuxième cancer le plus fréquent chez la femme et troisième chez l’homme, le cancer colorectal concernait plus de 42.000 personnes en France en 2012. Il survient préférentiellement entre 75 et 85 ans. Depuis 2000, son incidence diminue de 0,3% par an. Et depuis 25 ans, le taux de mortalité lié à ce cancer diminue régulièrement de 1,2% chez l’homme et de 1,4% chez la femme. Malheureusement aujourd’hui, ce cancer n’est diagnostiqué à un stade précoce que dans 20% des cas. 

Quels sont les bénéfices du dépistage de ce cancer ?

Aujourd’hui, ce cancer est encore trop souvent diagnostiqué à un stade évolué. La survie à 5 ans reste de fait relativement mauvaise 63%, alors qu’elle pourrait atteindre 94% avec une détection intervenant à un stade précoce.

Le test immunologique (Hemoccult II) de recherche de sang dans les selles est actuellement le test préconisé par l’Union Européenne. Il est plus performant que son prédécesseur l’Hemoccult-gaïac, car il permet de détecter 2,4 fois plus de cancers et 3,7 fois plus d’adénomes. Des tests sanguins sont en cours d’évaluation et présenteraient l’intérêt de pouvoir diagnostiquer des lésions moléculaires spécifiques. Quant à la coloscopie, elle présente l’avantage d’associer d’emblée une biopsie, voire une exérèse si besoin, mais l’inconvénient de nécessiter une préparation du patient, des ressources en personnels soignants et un risque de perforation colique.

Pourquoi le bénéfice net escompté sur la mortalité et l’incidence n’est-il pas atteint ?

La trop faible participation au dépistage organisé est un frein majeur à la diminution de l’incidence et de la mortalité. Alors que le cahier des charges européen fixe celle-ci au minimum à 45% pour la population sans contre-indication, elle n’était que de 32% chez l’homme et de 35% chez la femme en 2016-2017.

Comment lever les freins à la participation au dépistage organisé du cancer colorectal ?

Le groupe GRED de l’INCa a travaillé sur le sujet en 2016, et a identifié plusieurs déterminants de la participation à ce dépistage. Certains sont liés à l’individu, d’autres au dépistage lui-même ou à l’environnement. Mais il semble que les facteurs en lien avec l’organisation même du dépistage soient les plus facilement modifiables. Les experts préconisent ainsi :

  • De modifier le choix de la tranche d’âge pour initier ce dépistage à partir de 55 ans chez l’homme et 60 ans chez la femme et de le poursuivre jusqu’à 80 ans au moins pour l’homme et 85 ans pour la femme. Ces tranches d’âge tiennent compte de l’incidence plus faible de ces cancers avant 60 ans et de l’espérance de vie moyenne des français. 
  • D’améliorer son organisation en renforçant la sensibilisation des médecins (généralistes et spécialistes), favoriser un accompagnement personnalisé,  revoir l’organisation des relances postales, lever les réticences à la coloscopie et améliorer sa prise en charge financière, impliquer d’autres professionnels de santé.

« Le dépistage organisé du cancer colorectal doit être maintenu mais optimisé sous peine de rester globalement inefficace » a conclu l’Académie Nationale de Médecine.