Dépendance au tabac, à l’alcool et troubles du comportement alimentaire : une origine commune ?

  • Besson M & al.
  • Neuropsychopharmacology
  • 9 juil. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une mutation dans le gène du récepteur nicotinique CHRNA5, et en particulier le variant génétique concernant l’une de ses sous-unités (α5SNP), impacte fortement le comportement des fumeurs.
  • Les rats qui possèdent cette mutation sont aussi plus dépendants à l’alcool et ont davantage d’appétence pour la nourriture.
  • Ces observations suggèrent un rôle plus général de ce polymorphisme dans le système de récompense qui semble agir sur d’autres addictions que celle au tabagisme. Elles ouvrent la voie vers de nouveaux traitements de l’alcoolisme et des troubles du comportement alimentaire.

  

Plusieurs études pangénomiques humaines ont mis en évidence une forte association entre le gène codant pour une sous-unité du récepteur nicotinique à l’acétylcholine, CHRNA5, et la dépendance au tabac. Rappelons que ce récepteur nicotinique (pour faire court) est un canal ionique transmembranaire constitué de 5 sous-unités α et ß dont il existe plusieurs variantes et qui peuvent s’assembler selon différentes combinaisons. Il a été montré que la présence homozygote d’une mutation au sein du gène de la sous-unité α5 (rs16969968 ou SNPα5) doublait le risque de tabagisme. Et certaines études ont suggéré que cette même mutation pourrait être impliquée dans l’alcoolisme, une comorbidité fréquente du tabagisme. « Mais il était difficile de conclure sur ces études humaines en raison de résultats discordants » a expliqué Morgane Besson, chercheuse dans l’unité Neurobiologie intégrative des systèmes cholinergiques (UMR 3571), au sein du département de Neuroscience de l’Institut Pasteur. 

La mutation α5SNP associée à la dépendance à l’alcool

Elle et son équipe ont donc créé des rats transgéniques porteurs de la mutation et les ont soumis à une procédure d’auto-administration d’alcool. Dans cette expérience, les rats avaient la possibilité d’appuyer sur un levier pour délivrer une goutte d’alcool. Cela a permis de mettre en évidence que ceux qui exprimaient ce variant consommaient davantage d’alcool et se mettaient plus rapidement à nouveau en recherche d’alcool après un temps d’abstinence que les rats contrôles. Ce comportement était associé à une hyperactivation du cortex insulaire, une région impliquée dans les mécanismes d’intéroception, c’est-à-dire de perception des informations en provenance de l’intérieur du corps et notamment des viscères.

Une modification du comportement alimentaire chez les rats mutés

En plus de leur appétence plus prononcée pour l’alcool, les rats porteurs de la mutation SNPα5 avaient aussi un IMC plus important. Leur comportement vis-à-vis de la nourriture était semblable à celui observé pour l’alcool : ils en consommaient davantage et se mettaient plus rapidement à nouveau en recherche de nourriture après avoir mangé. Mais une administration de nicotine modérait ces comportements de recherche alimentaire, à la fois chez les rats transgéniques et chez les rats contrôles.