Démence : l’hygiène de vie a-t-elle une influence chez les sujets à risque génétique ?

  • Lourida I & al.
  • JAMA

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’article
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À retenir

Si l’existence d’un risque génétique et d’un risque lié à l’hygiène de vie (tabac, activité physique, alcool, alimentation) a déjà été décrite dans la maladie d’Alzheimer et les démences apparentées, la façon dont les deux interagissent est moins bien connue. Ainsi, la capacité d’une habitude de vie saine à moduler l’incidence des démences chez les personnes à risque génétique élevé reste controversée.

Dans cette cohorte en population, l’incidence globale de la démence était comprise entre 0,71 pour 1.000 personnes-années chez les personnes à faible risque génétique et bonne hygiène de vie et 2,30 pour ceux à haut risque génétique et mauvaise hygiène de vie. Pour un même niveau de risque génétique, l’incidence était aussi d’autant plus élevée que les habitudes de vie étaient défavorables.

Une cohorte britannique suivie durant 8 ans

L’étude rétrospective a été menée à partir de la cohorte en population UK Biobank qui a été constituée entre 2006 et 2010 et qui regroupe 500.000 britanniques. Tous les sujets d’origine européenne et ayant au moins 60 ans, sans diagnostic de troubles cognitifs ou de démence, ont été inclus dans cette analyse.

Pour chacun, un score de risque polygénique basé sur la présence de polymorphismes (SNPs) associés à la maladie d’Alzheimer a été établi à partir des données d’analyse du génome entier (GWAS) menée chez chacun des sujets inclus dans la cohorte. De même un score d’hygiène de vie a été établi à partir des données autodéclarées par les participants concernant quatre paramètres hygiénodiététiques : tabac, alcool, aliments sains et pratique d’une activité physique.

Principaux résultats

  • Au total, 196.383 personnes de plus de 60 ans (moyenne 64,1 ans, dont 52,7% de femmes). Ils ont été suivies durant 1.545.433 personnes-années (suivi médian 8,0 ans) au cours desquels 1.769 ont reçu un diagnostic de démence.
  • Le risque génétique de la cohorte était faible, intermédiaire ou élevé chez 14,0%, 58,7% et 27,4% des sujets ayant eu un diagnostic de démence, alors qu’il était était respectivement de 20,1%, 60,0% et 19,9% parmi ceux qui n’avaient pas été diagnostiqués. Parallèlement, les sujets ayant développé une démence étaient 20,6% à avoir une bonne hygiène de vie concernant les 4 paramètres utilisés (tabac, alcool, alimentation, activité physique) contre 22,8% parmi ceux n’ayant pas eu de diagnostic. Ils étaient 1,5% et 10,6% à présenter 0 ou 1 paramètre d’hygiène de vie favorable, contre 0,99% et 8,4% parmi ceux non diagnostiqués.
  • Ainsi, le risque de démence était d’autant plus élevé qu’il existait un risque génétique : l’incidence de la démence était de 1,23% [1,13-1,35] vs 0,63% [0,56-0,71] chez les participants à risque génétique élevé vs faible, soit un hazard ratio de 1,91 [1,64-2,23]. Le risque de démence était aussi d’autant plus élevé que l’hygiène de vie était défavorable : les participants ayant un mode de vie défavorable pour les 4 paramètres étaient 1,16% [1,01-1,34] à développer une démence contre 0,82% [0,77-0,87] pour ceux dont le mode de vie était favorable, soit un HR de 1,35 [1,15-1,58], et même 1,34 [1,15-1,57] après ajustement supplémentaire sur le risque génétique.
  • Ceux ayant un risque génétique élevé et un mode de vie défavorable étaient 1,78% [1,38-2,28] à développer une démence contre 0,56% [0,48-0,66] pour ceux à faible risque génétique et mode de vie favorable (soit un HR de 2,83 [2,09-3,83]), sans interaction significative entre le risque génétique et les facteurs de style de vie (p=0.99). De même, parmi ceux à risque génétique élevé, 1,13% [1,01-1,26] avaient développé une démence lorsqu’ils avaient une bonne hygiène de vie, contre 1,78% [1,38-2,28] lorsque cette dernière était défavorable (HR 0,68 [0,51-0,90]).