Délivrance de jumeaux chez la primipare : un risque avéré d’incontinence urinaire

  • de Tayrac R & al.
  • Int Urogynecol J
  • 6 oct. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Le risque d’incontinence urinaire des femmes primipares accouchant de jumeaux par voie basse est multiplié par 3 à 3 mois et par 2 à 12 mois par rapport à celles accouchant par césarienne. Cette étude révèle parallèlement que l’impact de l’incontinence est limité sur la qualité de vie. Aussi, ce résultat ne doit pas motiver à recourir plus souvent à la césarienne, qui, elle, est associée à d’autres risques spécifiques, mais plutôt favoriser l’étude de l’intérêt des exercices du plancher pelvien.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

De nombreux facteurs de risque d’incontinence urinaire post-partum ont été identifiés chez les femmes ayant une grossesse unique : multiparité, âge >25 ans, IMC >25 kg/m², tabagisme... Les données concernant les grossesses multiples sont plus rares, notamment pour les femmes primipares. Ce travail présente l’avantage d’avoir été mené à partir d’une sous-analyse de l’étude française JUMODA-CP, qui était une étude nationale, prospective et multicentrique menée auprès de 172 services d’obstétrique, ayant inclus des femmes ayant accouché à 22 semaines de grossesse ou plus après une grossesse multiple.

Méthodologie

Différents questionnaires ont été remplis par les participantes à 3 et 12 mois post-partum pour évaluer le type et la sévérité de l’incontinence urinaire à travers le score spécifique ICIQ-SF (score 0-21 croissant avec la sévérité), des scores évaluant les symptômes urinaires, anorectaux, périnéaux et vaginaux (sous-score UDI-6 de l’autoquestionnaire PFDI-20, score 0-100 croissant avec la sévérité, sous-score UIQ-7 de l’autoquestionnaire PFIQ-7),  sur les les conséquences des dysfonctions du plancher pelvien sur la sexualité (autoquestionnaire PISQ-12), et la qualité de vie (SF-12).

Principaux résultats

  • Parmi les 2.846 femmes éligibles pour l'analyse (27% avaient un IMC >25 kg/m²), 46% ont accouché par voie basse et 54% par césarienne. Le poids total moyen des deux bébés était de 4.885g.

  • La présence d’une incontinence urinaire à 3 mois, analysable pour 1.155 patientes, était de 26%, avec 35,43% pour l’accouchement par voie basse contre 17% dans le groupe césarienne (p

  • Parmi ces 1.155 femmes, 800 ont répondu aux questionnaires à 12 mois : parmi elles, 31% ont déclaré avoir une incontinence urinaire, dont 38% dans le groupe voie basse contre 24% dans le groupe césarienne (OR non ajusté : 1,87 [1,38-2,53], p 25 ans, un IMC > 25 kg/m2 en début de grossesse, l’existence d’un diabète avant ou pendant la grossesse et la voie d’accouchement. Dans le groupe voie basse, la fréquence des formes d’incontinence d’effort ou mixte était significativement plus importante à 3 mois que celle de l’hyperactivité vésicale, par rapport au groupe césariennne. La sévérité des fuites semblait légère à modérée pour une très large majorité des femmes, à 3 comme à 12 mois.

  • Les questionnaires spécifiques de l’incontinence (UDI-6, UIQ-7, PISQ-12) montraient des scores de sévérité significativement plus élevés après un accouchement par voie basse que par césarienne à 3 comme à 12 mois (sauf PFDI-20 qui n’était plus significatif à 12 mois). Enfin, le score de qualité de vie SF-12 montrait une association significative avec le mode d’accouchement uniquement pour la composante physique, et non la composante mentale.

Financement

L’étude a été financée par le CHU de Nîmes.