Décryptage du rôle de l’e-cigarette sur le tabagisme des jeunes Français

  • Chyderiotis S & al.
  • Drug Alcohol Depend
  • 11 janv. 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Le tabagisme quotidien reste fréquent chez les adolescents français de 17 ans, la e-cigarette étant souvent expérimentée mais rarement utilisée de façon régulière.

  • À cet âge, l’expérimentation de la cigarette électronique était associée à un moindre risque ultérieur de consommer quotidiennement du tabac, que la première expérimentation faite par le jeune ait concerné chronologiquement l’un ou l’autre.

L’expérimentation de la e-cigarette est de plus en plus fréquente parmi les adolescents, mais les liens existant entre sa consommation et celle du tabac conventionnel ne sont pas bien décrits, notamment dans le contexte français. L’hypothèse avancée par des études conduites dans d’autres pays soutient l’idée que cette expérimentation facilite le passage de l’un à l’autre.

Près de 40.000 jeunes reçus aux Journées défense et citoyenneté

Pour mener ce travail, les données utilisées étaient celles recueillies en 2017 dans le cadre de l’ Enquête sur la santé et les comportements lors de l’appel de préparation à la défense (ESCAPAD) de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et qui est réalisée annuellement lors de la Journée défense et citoyenneté (JDC). Au total, 39.115 auto-questionnaires remplis par les jeunes de 17 ans ont pu être analysés.

En termes de consommation, ils étaient 59,0% et 52,4% à avoir déjà expérimenté le tabac ou la e-cigarette (à 15,1 et 15,4 ans en moyenne), 25,1% et 1,9% en déclarant une utilisation quotidienne. Ils étaient ainsi 44,8% à avoir expérimenté les deux produits et 33, 5% à n’avoir jamais testé l’un ou l’autre.

Spécificités françaises

Ceux qui fumaient quotidiennement du tabac et qui avaient expérimenté la e-cigarette avant ou durant la même année (n=13.055) ont été comparés à ceux qui n’avaient pas fait cette expérimentation. La comparaison statistique par évaluation du score de propension a permis d’établir que d’avoir déjà testé la e-cigarette était associée à un moindre risque de transition vers un tabagisme régulier quotidien (RR : 0,62 à 0,66 selon les variables intégrées à l’analyse, concernant les paramètres sociodémographiques, familiaux, les autres consommations et la scolarité). Cette relation était conservée lorsque l’analyse concernait uniquement ceux qui avaient expérimenté la cigarette électronique avant la cigarette (excluant ainsi ceux qui avaient expérimenté les deux durant la même année).

Ces données soulignent un certain nombre de spécificités françaises par rapport aux données provenant des pays anglo-saxons : dans notre pays, la consommation de tabac est plus fréquente que dans ces derniers, et l’usage et la promotion de la e-cigarette sont bien plus encadrées. Enfin, les dispositifs délivrant les plus hautes doses de nicotine ne sont pas autorisés en France. Ces résultats ne sont pas généralisables à des sujets plus âgés mais ils permettent de décorréler les liens entre les deux consommations dans cette frange de la population. Ils montrent également la pertinence de conduire des études nationales afin de mettre en lumière les spécificités françaises.