Décryptage du risque de fausse couche sous benzodiazépines

  • Sheehy O & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 15 mai 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon l’étude canadienne parue dans le JAMA Psychiatry , le risque de fausse couche dans les premières semaines de grossesse existe pour les benzodiazépines (BZD), quelles que soient leurs propriétés, avec un probable effet-dose. Toutes les molécules pourraient être concernées, même si le risque est disparate entre elles, le diazépam, le témazépam, le bromazépam, l’alprazolam et le clonazépam semblant les principales BZD incriminées . Si le risque reste modeste in fine, les prescripteurs doivent donc être vigilants à l’égard de ce type de prescriptions dans la prise en charge de troubles de l’humeur ou du sommeil de ces femmes.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

Il a été décrit dans quelques études qu’une proportion non négligeable des femmes traitées par BZD continuaient à suivre cette prescription dans les premières semaines de leur grossesse, encourant alors un risque accru d’avortement spontané. Sachant que le profil de sécurité des BZD est variable d’une molécule à l’autre, il était intéressant de mener une étude visant à distinguer l’effet des différentes classes, molécules et posologies.

Méthodologie

L’étude a été menée à partir de bases de données de santé québécoises entre 1998 et 2015. Toutes les femmes de 15-45 ans ayant été enceintes durant cette période ont été recensées (à l’exclusion de celles présentant une épilepsie ou traitées par anti-épileptiques, ayant des antécédents de traitement par BZD ou ayant eu un avortement) : celles qui avaient présenté une fausse couche entre le début de la 6e et la fin de la 19e semaines de grossesse ont été identifiées (27.149 femmes) et une prescription de BZD a été recherchée entre la dernière date des règles et la survenue de l’évènement. Ces femmes ont chacune été appariées à 5 femmes contrôles (sans fausse couche).

Principaux résultats

  • Au total, concernant les 27.149 fausses couches, ont été recensées 375 prescriptions d’au moins une BZD (1,4%), contre 0,6% parmi les 134.305 grossesses contrôles. Après ajustement, notamment sur les diagnostics de troubles de l'humeur, d'anxiété et d'insomnie, ainsi que sur les prescriptions concomitantes d’antidépresseurs ou d’antipsychotiques, les comorbidités et hospitalisations, le risque d’avortement spontané était associé à un odds ratio de 1,85 en cas d’exposition précoce à une BZD [1,61-2,12].
  • L’analyse réalisée molécule par molécule a permis de mettre en évidence un risque accru pour tous les types de benzodiazépines évaluées (anxiolytiques, hypnotiques, anticonvulsivants) et pour toutes les molécules prises isolément, le risque (ORa) étant compris entre 1,13 pour le flurazépam et 3,43 pour le diazépam (les intervalles de confiance n’étaient pas significatifs pour le flurazépam et le triazolam). L’association était également confirmée que les BZD soient d’action prolongée ou d’action rapide (respectivement ORa 1,81 et 1,73) et à mesure que la posologie en équivalent diazépam était élevée.

Principales limitations

Les consommations de tabac et d’alcool n’étaient pas connues.

Financement

L’étude a été financée par des fonds publics canadiens.