De nouveaux arguments en faveur d’un effet délétère de la consommation régulière d’édulcorants

  • Malbert CH & al.
  • Eur J Nucl Med Mol Imaging
  • 24 juil. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Dans un modèle animal d’obésité, la consommation de faibles doses d’édulcorants (sucralose 92mg/j et acésulfame 52mg/j) durant 3 mois n’affecte pas la captation du glucose ni la résistance à l’insuline de façon globale, mais ces deux paramètres sont modifiés de façon tissu-spécifique par rapport aux animaux contrôles dans les organes essentiels à l’homéostasie du glucose comme le duodénum, le foie et le cerveau.
  • Dans le cerveau, l’exposition chronique aux édulcorants active le transport du glucose dans le cortex préfrontal dorsolatéral, des résultats en accord avec l’altération du métabolisme cérébral identifiée chez les animaux ou les humains obèses, et donc en faveur d’un possible effet délétère.

 

Les édulcorants, et en particulier l’association de sucralose et d’acésulfame K, sont présents dans un grand nombre de produits industriels. Et ces produits sont plus fréquemment consommés par des personnes obèses. Leur impact sur le métabolisme du glucose pourrait bien ne pas être neutre, mais leur effet réel reste controversé. Une équipe franco-australienne s’est donc attachée à déterminer l’effet de faibles doses de sucralose-acésulfame K sur le captage du glucose et la sensibilité à l’insuline de façon globale et dans les organes responsables de l’homéostasie du glucose dans un modèle animal d’obésité.

Une modification de la composition corporelle

Vingt cochons nains du Yucatan âgés de 3 ans ont ainsi été soumis à un régime riche en graisse et en sucrose apportant 150% des calories recommandées durant 5 mois afin d’induire une obésité morbide. Puis durant une période expérimentale de 3 mois, un groupe a été supplémenté avec une boisson contenant une association d’édulcorants (sucralose 92mg/j et acésulfame 52mg/j) et apparié à un groupe contrôle n’en consommant pas. En fin d’expérimentation, il n’y avait pas de différence de poids corporel entre les deux groupes, mais la composition corporelle était modifiée, avec une augmentation de 20% de la graisse abdominale dans le groupe édulcorants (p=0,03).

Augmentation de la captation du glucose et réduction de la sensibilité à l’insuline tissu-spécifiques

Durant le clamp euglycémique hyperinsulinémique, une technique qui permet de mesurer la résistance à l’insuline in vivo, la concentration du glucose plasmatique moyenne était de 6,4 nmol/L dans les deux groupes. La concentration d’insuline ne variait pas non plus de façon significative (774 vs 633 µU/mL, p=0,135), suggérant que la sensibilité à l’insuline et la captation de glucose globale n’étaient pas modifiées par la supplémentation en édulcorants, probablement du fait de la contribution majeure des muscles, ici non affectés. La clairance de l’insuline a cependant été réduite de 40% dans le groupe édulcorants (p=0,011).Les choses se sont révélées différentes lorsque ces paramètres ont été étudiés organe par organe. La captation de glucose est apparue augmentée dans le duodénum (+57%), dans le foie (+66%) et dans le cerveau (+29%), et la sensibilité à l’insuline diminuée respectivement de 53%, 55% et 28% (p