De la vitamine C pour limiter l’impact pulmonaire du tabagisme maternel chez l’enfant à naître


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Un essai clinique multicentrique randomisé en double aveugle a montré que les nourrissons dont la mère fumeuse avait bénéficié d’une supplémentation en vitamine C (500 mg/j) présentaient une amélioration significative de la capacité vitale forcée (CVF) 75 et de la CVF 25-75 à 3 mois, par rapport à ceux dont la mère avait reçu un placebo.

Cette étude confirme également l’importance du génotype des femmes vis-à-vis de la sous-unité α5 du récepteur nicotinique de l’acétylcholine (nAChR, rs16969968), démontré préalablement comme influençant l’impact du tabagisme maternel sur la fonction pulmonaire du nourrisson. Ainsi, ces résultats confortent l’idée selon laquelle les effets in utero de la nicotine sur le développement pulmonaire repose sur des mécanismes oxydatifs.

La supplémentation en vitamine C pourrait donc constituer une intervention sûre, peu coûteuse et simple pour réduire l’impact du tabagisme sur la fonction pulmonaire des enfants dont la mère ne réussit pas à arrêter de fumer au cours de la grossesse.

Contexte de l’étude

Des modèles animaux ont permis de décrire l’impact de la nicotine sur le développement pulmonaire et la capacité de la vitamine C à contrebalancer ce mécanisme. L’équipe ayant mené ce travail avait préalablement décrit l’amélioration de certains tests de spirométrie à 72 heures de vie chez les enfants dont la mère avait reçu de la vitamine C durant la grossesse, mais l’évaluation de la CVF, qui offre un reflet plus fidèle de la fonction pulmonaire ne pouvait être mesurée à cet âge. Étant donné l’association déjà décrite entre tabagisme maternel et diminution de la CVF, il était intéressant d’évaluer l’intérêt d’un apport régulier en vitamine C durant la grossesse.

Méthodologie

Des femmes menant une grossesse unique (13 à 22 semaines de grossesse) et fumeuses (au moins une cigarette dans la semaine précédant l’inclusion) ont été recrutées pour suivre un traitement par vitamine C (500 mg/j) ou par un placebo jusqu’à la naissance de l’enfant. Elles avaient parallèlement suivi une consultation d’information et de conseil pour arrêter le tabac.

Principaux résultats

  • La cohorte constituée comportait 125 femmes traitées par vitamine C et 126 femmes traitées par placebo. Le taux médian de cigarettes fumées quotidiennement était de 7, sans différence en termes de cotinine urinaire ou d’acide ascorbique plasmatique entre les deux groupes.
  • Au total, 10% des femmes ont arrêté de fumer au cours de la grossesse. Aucune différence significative n’a été observée concernant la répartition du mode d'accouchement, le poids à la naissance, l'âge gestationnel ou le taux d’enfants prématurés entre les deux groupes.
  • À l’âge de 3 mois, les enfants dont la mère a reçu de la vitamine C présentaient une augmentation non significative de la CVF 75 par rapport à celle des enfants du groupe placebo (200,7 vs 188,7 mL/s [-3,33 à 35,64], p=0,10), ainsi qu’une augmentation significative de la CVF 50 (436,7 vs 408,5 mL/s [6,10 – 61,30], p=0,02) et de la CVF 25-75 (387,4 vs 365,8 mL/s [0,92-55,34], p=0,04).
  • La prise en compte du génotype maternel relatif à la sous-unité α5 du nAChR augmente la taille de l’effet entre les deux bras ainsi que les intervalles de confiance calculés : in fine , il existait une association significative entre une faible valeur de la CVF 50 et la présence des deux copies de l’allèle à risque chez la mère dans les deux groupes.