De l’utilité des biomarqueurs dans la maladie d’Alzheimer

  • Lilamand M & al.
  • Rev Neurol (Paris)
  • 10 mars 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Les marqueurs biologiques, notamment les concentrations en peptide bêta-amyloïde 42, en protéine Tau totale et en protéine Tau phosphorylée peuvent être utiles en pratique clinique pour confirmer ou établir précocement le diagnostic de la maladie d’Alzheimer.
  • Ils sont aussi d’une grande utilité en recherche pour identifier les patients aux stades précliniques de la maladie.

 

Dans la maladie d’Alzheimer (MA), l’accumulation de protéines bêta-amyloïdes et de protéine tau précédant l’apparition des symptômes de plusieurs dizaines d’années, les biomarqueurs ont rapidement suscité l’attention pour repérer précocement le développement de la maladie. De plus en plus largement utilisés en pratique clinique, ils peuvent contribuer au diagnostic différentiel de la MA avec d’autres pathologies comme une dépression sévère, des troubles cognitifs d’origine vasculaire, une dégénération fronto-temporale… Ils permettent aussi d’augmenter la précision du diagnostic et de prédire l’évolution clinique de la maladie. Un article paru dans Geriatry fait le point sur le sujet.

Biomarqueurs plasmatiques, des données encore insuffisantes

Plusieurs études ont montré qu’il existait une association entre les concentrations de peptides bêta-amyloïdes (Aß ou Aß42) mesurées dans le plasma et dans le liquide céphalorachidien (LCR) et l’existence ou le risque de survenue ultérieure de troubles cognitifs majeurs. Mais ce paramètre n’est pas suffisant pour poser le diagnostic de MA. On ne s’explique d’ailleurs pas encore bien cette corrélation entre les concentrations plasmatiques et celles retrouvées dans le LCR. Les concentrations plasmatiques en protéine Tau et les marqueurs de l’inflammation ne sont, quant à eux, pas suffisamment spécifiques pour contribuer au diagnostic. Par ailleurs, l’intérêt des biomarqueurs plasmatiques est limité par le fait qu’ils peuvent être modifiés par des facteurs indépendants de la MA (autres pathologies, traitement, etc.). Les connaissances doivent donc encore être approfondies avant qu’ils ne puissent être couramment utilisés en clinique.

Une meilleure fiabilité des biomarqueurs du LCR

Dans le liquide céphalo-rachidien, 3 profils de biomarqueurs ont démontré une forte sensibilité et spécificité pour le diagnostic de MA au stade clinique ou préclinique : diminution de Aß42 et augmentation de la protéine Tau totale (t-Tau) et la protéine Tau phosphorylée (p-Tau). Les concentrations en peptides Aß42 et protéines Tau ont aussi montré une bonne corrélation avec la charge lésionnelle observée en imagerie (dépôts amyloïdes pour les peptides bêta-amyloïdes et dégénérescence neurofibrillaire pour les protéines Tau).

L’échelle PLM permet d’évaluer le risque de MA de 0 à 3 en fonction du nombre de marqueurs ayant atteint des valeurs pathologiques, un score de 0 permettant d’exclure avec un bon niveau de certitude le risque de MA. Le rapport Aß42/Aß améliore encore la sensibilité de ce score en s’affranchissant des variabilités interindividuelles. Ces marqueurs sont aussi intéressants dans le diagnostic différentiel sachant, par exemple, qu’une augmentation importante et isolée des concentrations en t-Tau peut évoquer une maladie de Creutzfeld-Jacob, un AVC ou encore une crise d’épilepsie récente.

L’utilisation des biomarqueurs du LCR en pratique clinique

Les recommandations européennes et françaises encouragent depuis peu l’utilisation de ces biomarqueurs dès l’apparition des premières signes cognitifs (mais pas en leur absence), quel que soit l’âge, afin d’établir précocement le diagnostic de MA. Malgré l’absence de traitement curatif, cela permet d’optimiser le traitement et d’anticiper l’évolution cognitive afin de de mettre en place les dispositifs adaptées. Leur dosage est également recommandé dans les cas atypiques ou chez les patients jeunes. En pratique clinique, le recours à ces biomarqueurs est très dépendant de l’expérience des centres et des praticiens (centres hospitaliers ou centres mémoires). Il pourrait bien modifier les pratiques à l’avenir, notamment dans les cas litigieux ou en cas de symptômes psychiatriques atypiques. Par ailleurs, la valeur pronostique de ces biomarqueurs concernant l’évolution de la maladie incite aussi à les utiliser pour identifier et inclure les sujets sans troubles cognitifs ou souffrant de troubles cognitifs légers dans les essais cliniques visant à évaluer de nouveaux traitements.

Quid de ces biomarqueurs chez le sujet âgé ?

Chez le sujet âgé, les troubles cognitifs sont rarement dus à une étiologie unique. L’âge est en lui-même un facteur de risque indépendant. Et les dépôts bêta-amyloïdes s’accumulent avec le temps indépendamment des fonctions cognitives. Si bien que l’on n’observe pas d’association entre la charge de lésions Aß et Tau et la sévérité des troubles cognitif dan cette population. Dès lors, l’expression clinique de troubles cognitifs doit être considérée comme la résultante de l’ensemble des lésions cérébrales Aß et Tau, mais aussi liées à des pathologies cérébro-vasculaires, chroniques ou à des facteurs iatrogènes. La réserve cognitive de chaque patient entre également en jeu, qui elle-même dépend de multiples facteurs, génétiques, environnementaux, socio-culturels, etc. Les biomarqueurs doivent donc être utilisés en tenant compte du rapport bénéfice/risque individuel intégrant le stade des troubles cognitifs, l’âge physiologique du patient et la volonté du patient à connaître le diagnostic.