De l’exercice physique régulier pour limiter le déclin cognitif

  • Palta P & al.
  • Alzheimers Dement
  • 1 févr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Selon une analyse prospective de la cohorte américaine ARIC, l’activité physique durant les temps de loisir en milieu de vie adulte apparaît comme un facteur modifiable capable de réduire l’incidence des démences et le déclin cognitif à long terme. Inversement, un manque d’exercice physique est associé à une incidence plus importante des démences et à un déclin cognitif plus marqué 14 années plus tard par rapport à ceux ayant l’activité physique la plus élevée. Cette association avec le déclin cognitif semble renforcée lorsque le manque d’activité physique perdure dans le temps (+12%), un effet du même ordre de grandeur que le diabète (+19%) ou l’hypertension (+6,5%) selon l’observation des chercheurs. Ces résultats, en contradiction avec ceux de précédentes études, devront cependant être confirmés.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Des essais contrôlés randomisés ont montré qu’en plus des bénéfices au plan cardiovasculaire, l’activité physique peut améliorer la cognition. Mais peu d’études se sont intéressées à l’impact de l’activité physique à long terme, alors que l’on sait que la démence est une pathologie qui évolue sur de nombreuses années, depuis le milieu de la vie adulte.

Méthodologie

En partant des données communautaires américaines de la cohorte ARIC (Atherosclerosis Risk in Communities), des chercheurs de l’école de santé publique Johns Hopkins Bloomberg de Baltimore ont mesuré l’effet de l’activité physique en milieu de vie et de son maintien sur une période de 6 ans (1 visite tous les 3  ans) sur différents domaines de la cognition 14 ans plus tard. L’activité physique était évaluée en MET minutes/semaine sur 4 activités de loisir ou sportives auto-rapportées et classées en niveaux : absence, niveau faible, moyen ou élevé d’activité physique. 

Résultats 

  • L’activité physique a été mesurée chez 10.705 sujets âgés de 45 à 64 ans à l’inclusion, et les visites de suivi ont pu être réalisées chez 4.633 d’entre eux. Les sujets les moins actifs étaient plus souvent d’origine afro-américaine, disposaient d’un moins bon niveau d’éducation et de revenus et avaient plus fréquemment du diabète ou de l’hypertension.
  • Entre 1993 et 2013, 1.063 cas de démence ont été observés sur une durée de suivi médiane de 17,4 ans. Un niveau d’activité physique élevé durant les temps de loisir en milieu de vie a été associé à une incidence de démence plus basse par rapport à l’absence d’activité physique (Hazard ratio (HR) 0,72 [0,61-0,86]). Cette réduction du risque persistait de façon significative chez les sujets qui maintenaient leur activité physique sur la durée, par rapport à ceux qui continuaient à être inactifs (HR 0,75 [0,75 [0,58-0,97]).
  • Par comparaison aux sujets qui avaient un haut niveau d’activité physique durant leur temps de loisir en milieu de vie, l’absence d’activité physique était associée à un déclin accéléré des performances cognitives générales (différence d’écart type par rapport à la moyenne de -0,07 [-0,12 à -0,04]), mais pas de la mémoire ni des fonctions du langage. Et l’absence d’activité physique maintenue sur 6 ans renforcait l’association  14 ans plus tard (-0,10 [-0,15 à -0,05]).
  • En analyse multivariée, l’ajustement sur les différents facteurs de risque cardiovasculaire (hypertension, diabète, IMC) n’atténuait que peu cette association entre niveau d’activité physique et incidence de démence ou vitesse de déclin cognitif, indiquant un effet propre à l’activité physique.

Limitations

L’activité physique était auto-déclarée, ce qui a pu conduire à sous-estimer l’inactivité physique et au contraire surestimer les niveaux d’activité élevés.

La nature longitudinale de l’étude soumet ces résultats à un risque accru de biais d’attrition.

Les données ne permettent pas d’établir des recommandations en termes de dose optimale, de fréquence ni de durée de l’activité physique.