De l’estradiol pour préserver la mémoire ?

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Plusieurs études suggèrent un effet délétère de la baisse du niveau d’estrogènes sur les performances cognitives des femmes après la ménopause. Et cet impact irait au-delà du simple effet de l’âge. Les études observationnelles actuellement disponibles montrent que l’administration d’estrogènes améliore les performances cognitives des femmes ménopausées à long terme. Des études conduites chez l’animal indiquent que cet effet pourrait passer par une action directe sur l’hippocampe, une structure impliquée dans la mémoire et qui possède un grand nombre de récepteurs aux estrogènes. Mais les résultats chez les femmes restent encore disparates. Un essai prospectif vient d’examiner l’effet d’une administration d’estradiol à court terme sur le volume de l’hippocampe de femmes ménopausées.

Méthodologie

  • Cette étude a inclus des femmes ménopausées en bon état de santé de deux centres aux États-Unis à partir de 2 études préxistantes.
  • Dans la première, les femmes recevaient en double aveugle 1 mg/j de 17ß-estradiol ou un placebo durant 3 mois. Dans la seconde, elles recevaient en ouvert 1 mg/j de 17ß-estradiol durant 1 mois, puis 2 mg/j durant 2 mois.
  • Une IRM était pratiquée à l’inclusion et après 3 mois de traitement.
  • L’état cognitif de toutes les participantes était évalué sur différentes échelles (MMSE, Brief Cognitive Rating Scale, Matis-Dementia Rating Scale), afin d’établir un score de détérioration cognitive globale (DCG).
  • Seules les femmes disposant d’un DCG de 1 à 2 ou un MMSE supérieur à 26 étaient incluses dans l’étude. De même, celles qui avaient pris une hormonothérapie dans l’année étaient exclues.
  • L’étude a évalué les modifications du volume de la matière grise de l’hippocampe par deux méthodes, l’une mesurant le volume global de la région d’intérêt, l’autre basée sur la mesure des voxels, une méthode plus sensible pour mesurer un effet à court terme des estrogènes sur l’hippocampe.
  • Une analyse univariée était ensuite conduite pour évaluer l’effet des différentes doses d’estrogènes administrées sur les volumes droit et gauche de l’hippocampe.

Résultats

  • 75 femmes ménopausées ont été incluses dans l’étude. L’âge moyen était de 58,2 ans (±5,4). 21 avaient été traitées par placebo, 21 par 1 mg d’estradiol et 33 par 2 mg durant 3 mois.
  • Après 3 mois de traitement, l’analyse univariée n’a pas montré d’effet significatif de l’administration d’estradiol sur les volumes hippocampiques globaux. Les volumes intracrâniens et l’âge (≤60 ans ou échantillon total) n’avaient pas d’effet significatif.
  • En revanche, les volumes de matière grise de l’hippocampe postérieur, basés sur la mesure des voxels et ajustés selon l’âge et le volume intracrânien, ont été augmentés de façon bilatérale chez les femmes qui avaient reçu de l’estradiol.
  • L’analyse post-hoc indiquait une variation plus importante des volumes de matière grise mesurés en voxels dans le groupe ayant reçu 2 mg d’estradiol (droit : M=0,0013 ±0,0018 et gauche M=0,0017 ±0,0029) que dans ceux ayant reçu un placebo (droit : M=-0,0002 ±0,0022 (p=0,037) et gauche M=-0,0002 ±0,0026 (p=0,030)) ou 1 mg d’estradiol (droit : M=-0,0007 ±0,0022 (p=0,001) et gauche M=-0,0001 ±0,0021 (p=0,036)).
  • Il n’y avait pas de différence significative entre le groupe placebo et le groupe 1 mg d’estradiol. Les volumes intracrâniens et l’âge n’avaient pas d’effet significatif dans cette analyse.

Limitations

L’interprétation de ces résultats doit tenir compte de la petite taille de l’échantillon et du fait que les différents groupes n’étaient pas appariés selon l’âge.

À retenir

Dans cet essai prospectif, l’administration de 2 mg/j de 17ß-estradiol à des femmes ménopausées durant 3 mois a été associée à une augmentation des volumes de matière grise de l’hippocampe postérieur et ce, de façon bilatérale. Le volume de la matière grise de l’hippocampe total est resté inchangé. Aucune modification n’a été enregistrée chez les femmes qui avaient reçu 1 mg d’estradiol ou un placebo durant cette même période.

Ces résultats corroborent des résultats antérieurs obtenus sur l’animal : ils sont en faveur d’un effet trophique des estrogènes sur l’hippocampe postérieur humain qui apparaît quel que soit l’âge. Rappelons que cette région est impliquée dans des processus cognitifs tels que la mémoire épisodique et spatiale. Reste maintenant à savoir si ces observations seront confirmées au plan clinique par une amélioration des performances cognitives.