D’un syndrome somatique fonctionnel à l’autre : points communs et divergences

  • Savall A et al.
  • La revue de Médecine Interne
  • 15 mars 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les sujets fibromyalgiques et les personnes électro-hypersensibles présentent de nombreux points communs sur le plan de la symptomatologie, mais les fibromyalgiques présentent un état de santé plus altéré. Ces deux syndromes somatiques fonctionnels (SSF), bien que peu reconnus au plan médical, représentent une problématique sérieuse, impactant fortement les activités socio-professionnelles et la qualité de vie. La divergence des vécus, de la symptomatologie, des comorbidités, et d’autres SSF associés, suggèrent des processus psychologiques et sociaux de « somatisation » distincts chez ces deux types de patients et appellent à une prise en charge individualisée.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les SSF, c’est-à-dire dépourvus de supports lésionnels, représentent un tiers des consultations en soins ambulatoires. Dans leur forme chronique, ils constituent une cause importante de consommation de soins et d’insatisfaction en termes de relation médecins-patients. Ils se définissent par des symptômes médicalement inexpliqués : douleurs diffuses pour le syndrome de fibromyalgie ou  hypersensibilité aux champs électromagnétiques pour l’électro-hypersensibilité par exemple. Ces SSF partagent des symptômes et des facteurs de risque psychosociaux communs, ainsi qu’une absence d’amélioration par les approches médicamenteuses classiques et une réponse positive aux psychothérapies cognitivo-comportementales, ce qui leur vaut d’être pour l’heure classés dans un même ensemble de syndromes relevant d’un phénomène de « somatisation ». Mais jusqu’à maintenant, aucune étude ne s’est vraiment intéressée à l’analyse comparative de la symptomatologie de ces différents SSF. Une équipe de l’Université Jean-Monnet de Saint-Étienne a comparé deux d’entre eux, l’un fréquent, la fibromyalgie définie par des symptômes prédominants, et l’autre plus rare et reposant sur des attributions plus contestées, l’électro-hypersensibilité.

Méthodologie

Des patients volontaires se considérant comme fibromyalgiques ou électro-hypersensibles ont été recrutés par des associations de patients en région Auvergne-Rhône-Alpes. Puis des entretiens ont été réalisés au domicile des patients pour recueillir les antécédents médicaux et psychiatriques, la symptomatologie, les comorbidités et la présence d’autres SSF. La détresse psychique, l’impact sur la qualité de vie, le ressenti des symptômes et le parcours diagnostic ont également été recherchés via différents questionnaires et un examen clinique.

Résultats 

  • Cette étude exploratoire a ainsi pu inclure 16 sujets fibromyalgiques et 16 patients souffrant d’électro-hypersensibilité. L’âge moyen était de 51,5 et de 56,6 ans respectivement, avec une grande majorité de femmes dans les deux cas (94% et 81%).
  • Les deux groupes présentaient des différences importantes en termes de symptomatologie. Ainsi les douleurs musculosquelettiques étaient présentes chez quasiment tous les sujets fibromyalgiques et la moitié d’entre eux présentaient une sensibilité abdominale généralisée, alors que les symptômes neurosensoriels et cardiorespiratoires étaient plus fréquents chez les sujets électro-hypersensibles. Les facteurs susceptibles d’aggraver ou d’améliorer les symptômes étaient également différents dans les deux groupes. Les patients fibromyalgiques présentaient plus souvent des comorbidités et d’autres SSF que les sujets électro-hypersensibles. En particulier, les antécédents psychiatriques, les troubles anxieux et dépressifs étaient plus souvent présents dans ce groupe de participants.
  • Plusieurs symptômes et caractéristiques communs étaient fréquemment retrouvés dans les deux groupes : douleurs articulaires, céphalées, asthénie, paresthésies, troubles du sommeil et troubles cognitifs. 
  • Par ailleurs, le vécu des patients différait de façon significative entre les deux groupes. Les patients fibromyalgiques se considéraient généralement comme malades et attribuaient leurs symptômes à une cause interne, à l’inverse des sujets électro-hypersensibles.
  • Le parcours médical variait aussi d’un groupe à l’autre notamment en termes de délai diagnostique, de recours au système de soins traditionnel, ou encore de consommation de médicaments. Le retentissement socio-professionnel et l’impact sur la qualité de vie étaient importants dans les deux groupes.

Limitations

Effectif réduit.

Biais de sélection lié au recrutement par l’intermédiaire d’associations.