D.E.S.I.R. d’en savoir plus sur les liens potentiels entre bisphénols et diabète de type 2

  • Rancière F & al.
  • Environ Health Perspect
  • 1 oct. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

La question de l’éventuelle contribution de facteurs environnementaux au développement du diabète de type 2 est toujours d’actualité. Parmi ces facteurs, le bisphénol A revient souvent, mais les données de la littérature sont contradictoires. Une équipe française s’est emparée du problème en menant une étude prospective, longitudinale spécifique. Les mesures urinaires du principal métabolite du bisphénol A (BPA) ont été répétées dans le temps, contrairement aux études précédentes, ce qui est un élément essentiel compte tenu de la faible demi-vie du composé dans l’organisme. Cette étude est également la seule à avoir investigué la relation entre bisphénol S (BPS) et l’incidence du diabète. Ses résultats suggèrent qu’il existerait bien une association non linéaire entre la présence de métabolites du BPA ou du BPS dans les urines et le risque de développer un diabète de type 2. La présence du principal métabolite du bisphénol A dans les urines multiplierait le risque de diabète de type 2 par un facteur compris entre 1,5 et 2 et la présence du principal métabolite du bisphénol S triplerait presque ce risque. 

Pourquoi cette étude est intéressante ?

Les précédentes études étaient soient basées sur des données transversales. Elles ne permettaient pas de juger réellement de la nature de la relation, ou ont abouti à des conclusions spécifiques à certains sous-groupes d’âge ou de sexe. D’autres présentaient différentes limitations : le diagnostic de diabète était auto-déclaré, les données n’étaient pas ajustées à certains facteurs confondants, ou les taux de BPA n’étaient mesurés qu’une seule fois. Ici, le protocole de l’étude a permis de donner plus de robustesse aux résultats.

Protocole de l’étude

L’étude prospective D.E.S.I.R. (Data from an Epidemiological Study on the Insulin Resistance Syndrome) a inclus entre 1994 et 1996, 5.212 volontaires âgées entre 30 et 65 ans.  Pour les analyses présentées, 755 individus sans diabète à l’inclusion ont été suivis durant 9 ans. Des dosages biologiques ont été réalisés à 3, 6 et 9 ans à partir d’échantillons urinaires et sanguins prélevés à jeun. Les principaux métabolites urinaires du BPA et BPS ont été mesurés à l’inclusion puis 3 ans plus tard. 

Principaux résultats

L’âge médian à l’inclusion était de 47 ans (53% de femmes), et l’âge médian à la survenue du diabète de type 2 de 58 ans. Sur l’ensemble de la population, 201 cas de diabète de type 2 ont été diagnostiqués au cours du suivi (soit une incidence de 5,88/1.000 personnes-années). 

Par rapport aux sujets dont les taux en BPA étaient les plus faibles, le risque de diagnostiquer un diabète de type 2 était multiplié par 1,5 à 2 chez tous les sujets qui avaient des taux supérieurs. Ainsi, le hazard ratio (HR) était de 2,56, 2,35 et 1,56 respectivement pour le second, troisième et quatrième quartile par rapport au premier quartile. L’association était donc plus réduite dans les quartiles les plus élevés.

Le risque de diabète de type 2 était presque triplé (HR 2,81) lorsque le principal métabolite du bisphénol S était détecté.

Spécificité des mesures du métabolite du BPS

Les concentrations en métabolite du BPS ont été recueillies dans les années 1990, donc avant l’augmentation de l’utilisation du BPS dans les produits de consommation courante.