Crise des Urgences : ce que veulent les urgentistes


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Alors que la crise de l’hôpital public s’amplifie et qu’à l’approche de l’été, les craintes se cristallisent sur la capacité des Urgences à faire front dans des conditions acceptables, la première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé le 8 juin dernier trois mesures pour tenter de limiter la casse.

De leur côté, les urgentistes, qui se sont réunis lors de leur congrès annuel du 8 au 10 juin à Paris, attendent de vraies réformes pour régler les problèmes en amont mais aussi en aval des services d’urgence et se font force de propositions[1].

« On met tout en œuvre pour faire face mais, on ne vous cache pas que nous sommes tout de même inquiets sur les fermetures des structures d’urgence [cet été] », a commenté la Pre Agnès Ricard Hibon (Cheffe de service SAMU-SMUR-Urgences Val d’Oise, Past-Présidente SFMU) lors d’une conférence de presse organisée par la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU) et Samu-Urgences de France (SUdF).

« La crise est là, indéniablement et notre priorité est qu’il n’y ait pas de perte de chance pour les patients », a renchéri le Pr Karim Tazarourte, président de la SFMU et Chef de service SAMU 69 - Hospices Civils de Lyon. Groupement hospitalier Edouard Herriot – Lyon.

Dans l’urgence, et à peine ses fonctions prises, la première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé trois mesures générales pour prévenir une crise estivale :

- doublement de la rémunération des heures supplémentaires ;

- possibilité d’exercer dès l’été pour les élèves infirmier.es et aides-soignant.es dont la formation s’achève en juin/juillet :

- facilitation du cumul emploi-retraite.

Des mesures utiles, certes, mais qui ne sont pas à la hauteur de la réforme structurelle du système de soins attendue par les acteurs de terrain.

Réorienter les patients qui requièrent des soins non-urgents

Plusieurs pistes d’action pour éviter la saturation des Urgences cet été (et au-delà) sont actuellement à l’étude qui seront présentées fin de juin par la mission « flash » demandée par Emmanuel Macron et pilotée par le Dr François Braun, patron de Samu-Urgences de France (SUdF) et Chef de pôle Urgences-CHR Metz-Thionville. Certaines ont été évoquées lors du congrès URGENCES.

On va avoir du mal à maintenir, en l’état, un système qu’il faut profondément remanier, qu’il s’agisse de la ville ou de l’hôpital. On va devoir refiliariser certains patients qui ont besoin de soins non-programmés, non-urgents. On va devoir reformater pour mieux concentrer les forces de la médecine d’urgence sur l’urgence vitale et l’urgence potentielle. Au lieu d’attendre des heures aux urgences pour des soins non-urgents, il vaut mieux être refiliarisé », a souligné le Pr Tazarourte.

« Depuis des décennies, notre système de santé, et donc notre système d’urgences, est basé sur l’installation de services d’urgence (trop) nombreux, dans chaque hôpital, servant de « vitrine de l’hôpital » pour attirer le chaland (le patient), afin de gagner des « parts de marché » sur les établissements voisins, notre financement n’étant que basé sur l’activité, le nombre de patients accueillis,[…] Il faut changer de modèle ! Les Urgences, ce n’est plus « open bar » ! Les Urgences ne peuvent, ne doivent plus être la roue de secours, le couteau suisse d’un système de santé à bout de souffle. Nous ne pouvons plus tenir l’apnée, et si nous ne sortons pas très vite la tête de l’eau, nous allons nous noyer - et nos patients aussi. Pas de solutions miracles malheureusement. Mais la question de limiter l’accès aux Urgences à ceux qui en ont vraiment besoin, par une régulation médicale préalable (SAMU/SAS) ou par un tri à l’entrée des Urgences, doit être posée. Ces solutions sont déjà appliquées, par défaut, il est maintenant de notre devoir, SUdF et SFMU, d’en délimiter le champ et les modalités d’application », indiquent le Pr Tazarourte et le Dr Braun, dans un communiqué de presse commun.

En pratique, au moment du triage via le SAS ou les accueils des Urgences, le patient qui n’est pas en urgence vitale ou potentiellement vitale doit être renvoyé vers le médecin traitant ou la maison médicale de garde ou les centres de soins non-programmés « qui sont en train d’éclore et qui ont un peu de radiologie (pour la traumatologie mineure), de biologie… et pour lesquels il faudra que nous ayons quand même un cadre. Cela existe d’en d’autres pays », précise le Pr Tazarourte.

Autre piste évoquée : l’accès direct aux services d’hospitalisations conventionnels. « Des patients qui nécessitent une hospitalisation classique se retrouvent souvent aux urgences [sans avoir rien à y faire] », constate le Pr Tazarourte.

En revanche, les urgentistes dénoncent les « fausses bonnes idées » comme la fermeture de SMUR cet été dans l’objectif de rediriger les médecins urgentistes vers les services d’urgence. Dans l’objectif d’assurer la prise en charge des 60% de patients qui relèvent de soins non-programmés ? En laissant de côté la prise en charge des infarctus ? s’interrogent les urgentistes. « Penser que l’on va dégrader du soin relevant de la médecine aigüe sur un territoire pour mieux gérer du soin non-programmé n’a pas de sens », a souligné le Pr Tazarourte.

Cet article a été écrit par Aude Lecrubier et initialement publié sur le site Medscape.