Crampes nocturnes : vérifiez l’innocuité des traitements pris par vos patients !

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On estime qu’environ une personne âgée de plus de 60 ans sur deux souffre de crampes nocturnes qui altèrent leur sommeil et impactent leur qualité de vie. Les traitements non médicamenteux n’ont pu apporter la preuve de leur utilité. Côté médicaments, la quinine dispose d’un bon niveau de preuve pour réduire le nombre et la fréquence des crampes, mais elle peut entraîner des effets indésirables graves et n’est pas recommandée. Le magnésium est souvent proposé, mais son efficacité n’a pas été démontrée. De nombreux autres traitements existent mais disposent d’un très faible niveau de preuve. Face à l’absence de solution validée, qu’en est-il en pratique ? Quelles sont les traitements médicamenteux et non médicamenteux utilisés par les patients ? Telle est la question que se sont posés des chercheurs de l’Inserm à Strasbourg.

Méthode

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont utilisé en analyse secondaire les données de deux études transversales réalisées chez des sujets âgés de 60 ans et plus consultant leur médecin généraliste. Les données démographiques, les caractéristiques des crampes, les antécédents médicaux, ainsi que les différents traitements utilisés par les patients ont été collectés auprès de 79 cabinets médicaux d’Alsace via des questionnaires anonymes proposés par le médecin généraliste en consultation.

Résultats

·       632 patients souffrant de crampes nocturnes ont été inclus dans l’analyse. L’âge moyen était de 70,5 ans et 56,5% des participants étaient des femmes.

·       Ces patients souffraient en moyenne de 3,4 (±2,9) épisodes de crampes par mois (±2,4).

·       Près d’un patient sur 5 (133, soit 19,5%) prenait un traitement pour les crampes et parmi ceux-ci la moitié prenait un traitement médicamenteux, un tiers un traitement non médicamenteux et les patients restants prenaient les deux. Au total, 30 traitements différents étaient utilisés.

·       Parmi les patients qui prenaient au moins un traitement médicamenteux (12,9%), près d’un sur trois prenaient un traitement potentiellement dangereux.

·       17 traitements médicamenteux différents ont été rapportés dont 5 étaient potentiellement dangereux. Les traitements les plus utilisés étaient le magnésium, la quinine et l’homéopathie. Ceux qui présentaient un danger potentiel étaient la quinine (25 patients, soit 16,7% de ceux utilisant des traitements), le potassium, le clonazepam, la prégabaline et l’amitryptiline.

·       58 participants (9,1%) prenaient au moins un des 13 traitements non médicamenteux rapportés. Placer un savon dans le lit (jamais décrit dans la littérature jusque là…), faire des étirements ou appliquer du chaud ou du froid  sur les membres inférieurs étaient les plus fréquemment utilisés.

·       La présence d’une comorbidité comme l’artériopathie périphérique ou le diabète était plus souvent associée avec l’utilisation d’un traitement contre les crampes.

Limitation

Il s’agit d’une étude observationnelle basée sur des données déclaratives.

Les traitements pris antérieurement contre les crampes n’ont pas été pris en compte.

À retenir

Cette étude en vraie vie montre que seulement 1 patient de 60 ans et plus sur 5 utilise un traitement médicamenteux ou non médicamenteux pour soulager les crampes nocturnes. Elle souligne surtout la diversité des traitements utilisés, 30 au total, 17 médicamenteux et 13 non médicamenteux. Cela reflète sans doute l’absence de solutions à l’efficacité éprouvée et incite à prioriser la sécurité. À noter toutefois, la forte proportion de patients utilisant un traitement potentiellement dangereux comme la quinine. Il est donc conseillé aux médecins généralistes d’interroger leurs patients sur les traitements qu’ils prennent contre les crampes et de les informer sur les dangers potentiels.