COVID-19 : trois phénotypes clinico-virologiques se distinguent


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Une étude sur les cinq premiers patients diagnostiqués COVID-19 en France vient d’être publiée dans The Lancet Infectious Diseases. Elle concerne trois hommes (âgés de 31, 48 et 80 ans) et deux femmes (âgées de 30 et 46 ans) qui étaient tous d’origine chinoise et avaient voyagé en France depuis la Chine vers la mi-janvier 2020. Ils ont été surveillés d’un point de vue clinique et virologique. Leur charge virale a été suivie à partir de différents échantillons nasopharyngés, sanguins, urinaires et fécaux obtenus une fois par jour pendant trois jours dès l’admission à l’hôpital puis une fois tous les deux ou trois jours jusqu’à leur sortie ou décès.

Bien que le nombre de patients soit très limité, cette analyse a permis d’identifier 3 phénotypes clinico-virologiques :

  • Une présentation clinique frustre, très peu symptomatique avec une évolution spontanée rapidement favorable malgré une forte présence de virus SARS-CoV-2 au niveau nasopharyngé dès le début de la maladie. Cette forme a été observée chez les deux patientes de 30 et 46 ans qui n’avaient aucune comorbidité et chez lesquelles une clairance spontanée du virus a été observée en 9 et 14 jours. Lors de leur admission à l’hôpital, les symptômes de ces femmes se limitaient à une toux sans fièvre.
  • Une présentation biphasique avec une phase initiale rassurante suivie d’une aggravation secondaire environ 10 jours après le début de la maladie malgré une diminution de la charge virale dans les échantillons nasopharyngés. Cette forme biphasique a été observée chez les deux patients masculins les plus jeunes : celui de 31 ans qui était atteint de goutte et celui de 48 ans qui était hypertendu. Tous deux avaient de la fièvre et de la toux lors de leur admission, celui de 31 ans avait également une conjonctivite. On peut noter une absence de corrélation clinico-virologique car les symptômes d’aggravation secondaire sont apparus alors que le virus n’était plus détectable dans les prélèvements nasopharyngés à partir de J10 et J11. Ils ont tous les deux développé une pneumonie bilatérale et ont été admis en soins intensifs mais sont sortis guéris de l’hôpital.
  • Une présentation grave d’emblée évoluant rapidement vers une défaillance multiviscérale avec une charge virale élevée persistante dans les voies respiratoires inférieures et supérieures et la détection de virus dans le plasma. Cette forme grave a été observée chez le patient âgé de 80 ans qui avait un antécédent de cancer de la thyroïde. Il présentait lors de l’admission de la fièvre, une diarrhée, un essoufflement et une pneumonie bilatérale. Il a été admis aux soins intensifs et est décédé au 14ème jour de la maladie.

Excepté pour le patient ayant eu une forme grave d’emblée, la charge virale a diminué au cours du temps et est devenue négative entre le 9ème et 14ème jour de la maladie.

Concernant la contagiosité, on peut noter que pour les deux patientes avec une forme bénigne le virus était encore détectable dans les voies respiratoires hautes quelques jours après la résolution complète des symptômes. De plus, bien qu’ayant été diagnostiquées à un stade précoce, ces deux patientes avaient une charge virale élevée dans leurs voies respiratoires hautes lors de leur admission, ce qui suggère un risque important de transmission dès les tous premiers symptômes, même s’ils sont légers. Par ailleurs, de l’ARN viral a été détecté dans les selles de ces patientes : cette voie de transmission potentielle doit être investiguée.

Concernant les deux patients avec une forme biphasique, l’aggravation de la maladie ayant été observée alors que le virus n’était plus détectable dans les voies respiratoires hautes, on peut envisager que les dommages pulmonaires soient liés à des lésions immunopathologiques résultant d’une réponse pro-infammatoire excessive de l’hôte plutôt qu’à une réplication virale incontrôlée. Cependant, il faut noter que la charge virale dans les voies respiratoires basses n’a pas été évaluée chez ces deux patients. En revanche, dans le cas du patient ayant eu une forme grave d’emblée, la persistance d’une charge virale élevée suggère la capacité du SARS-CoV-2 à échapper à la réponse immunitaire.

Comme le précise le Pr Xavier Lescure, premier auteur de cette étude, « cette typologie des différentes présentations cliniques semble se confirmer au travers de l’expérience clinique de la phase épidémique ». « Elle illustre la nécessité d’identifier rapidement les patients qui pourraient s’aggraver secondairement en fonction d’un terrain particulier (le genre masculin semble se confirmer comme étant un facteur de risque de gravité) et sur des marqueurs précoces de détection plus inflammatoires que virologiques ».