COVID-19 - Transmission par aérosols : en faire trop ou pas assez ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La transmission du SARS-CoV-2 par aérosols a été documentée expérimentalement. Mais existe-t-elle dans la « vraie vie » ? La réponse a de sérieuses implications pratiques : positive, elle signifie que les mesures barrières habituelles sont insuffisantes. Or elle n’est pas évidente, donnant lieu à un débat entre chercheurs. Dans une tribune publiée par le Journal of Clinical Infectious Diseases (JCID), 239 d’entre eux, dont certains travaillent à l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), plaident en faveur du principe de précaution, c’est-à-dire pour un renforcement des mesures de protection. Le même jour, dans le JAMA ( Journal of the American Medical Association ), trois experts publient un point de vue s’élevant contre un « excès de précaution », susceptible selon eux d’aboutir à des effets contraires à ceux recherchés.

Accord sur les données expérimentales

Les aérosols sont des gouttelettes d’une taille égale ou inférieure à 5 µm, assez petites pour rester en suspension dans l’air sur de longues distances (plusieurs mètres), alors que celles d’une taille supérieure tombent au sol le plus souvent à 1,80 mètre maximum. Émises par la respiration, la toux ou l’éternuement, elles peuvent théoriquement transporter des particules virales, ce qui rendrait insuffisantes les mesures barrières comme le port d’un masque (qu’elles traversent assez facilement) ou la distanciation physique préconisée d’un à deux mètres. Tout le monde est d’accord pour dire que les données expérimentales sont en faveur de cette possibilité. En particulier, il a été montré que le SARS-CoV-2 peut rester virulent dans les aérosols.

En faire trop ou pas assez ?

Les auteurs de la tribune avancent plusieurs arguments plaidant pour un rôle majeur des aérosols dans la transmission aux humains. Ils citent notamment un travail effectué à propos de trois groupes de personnes ayant contracté le COVID-19 après avoir fréquenté en même temps le même restaurant, alors qu’ils avaient respecté la distanciation physique préconisée, comme l’ont montré des enregistrements vidéo. Les chercheurs appuient également leur hypothèse sur le fait que de nombreux virus respiratoires sont capables d’être transmis par les aérosols.

À cela, les trois experts opposent une série de contre-arguments, dont voici deux exemples. Concernant le restaurant, ils avancent que s’agissant d’un travail rétrospectif, la contamination a pu s’effectuer par d’autres voies et en d’autres lieux. De plus, ils font valoir que le nombre de reproduction est de 2,5 en l’absence de mesures barrières, comme pour le virus grippal. La transmission du virus de la rougeole par aérosols est avérée, mais son nombre de reproduction s’élève à 18 ! Ils en concluent que soit la charge virale dans les aérosols est nettement plus importante pour le SARS-CoV-2 que pour le virus de la rougeole, ce qui n’est pas le cas, soit que les aérosols ne sont pas une forme majeure de transmission. Pour eux, la contamination par aérosols est certainement une réalité, mais elle est occasionnelle. Aussi est-il inutile d’en faire trop.

Pour les auteurs de la tribune, rien ne prouve en effet le rôle majeur des aérosols dans la transmission du SARS-CoV-2. Mais les éléments qu’ils avancent plaident en faveur du principe de précaution, en particulier pour ce qui concerne les espaces clos, d’autant que les mesures à prendre sont simples et  peu coûteuses. Par exemple, aérer les pièces en ouvrant régulièrement portes et fenêtres, éviter l’air recyclé, filtrer l’air entrant.

Pas de débat sur les espaces de soins

Les deux parties s’accordent cependant sur le fait que le débat porte essentiellement sur les lieux de vie quotidiens : le principe de précaution doit s’appliquer pleinement dans les espaces de soins. 

Signalons pour terminer  que la discussion est également ouverte en ce qui concerne la possibilité d’une contamination par contact avec des surfaces contaminées. Un avis d’expert paru dans le JCID propose lui aussi de ne pas « pêcher par excès de précaution ».