COVID-19 : Retour d’expérience sur la création d’un centre COVID par des généralistes


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Pendant la première phase de l’épidémie de COVID-19 en France, de nombreux professionnels de santé libéraux se sont organisés pour faire face à une situation exceptionnelle. Parmi leurs initiatives, la création de centres de consultations dédiés aux patients suspectés d’être infectés par le SARS-CoV-2 a été motivée par le souci de minimiser les risques de contamination aussi bien pour les autres patients que pour les professionnels de santé impliqués. L’une de ces expériences est relatée dans un numéro spécial du BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire – Santé publique France).

L’implication de nombreux acteurs

Un collectif de médecins généralistes a d’abord obtenu l’accord de la municipalité de Choisy-Le-Roy (94) pour utiliser un gymnase. De plus, la mairie a mis à sa disposition du personnel volontaire pour y assurer l’entretien et la sécurité du lieu ainsi que du matériel pour qu’il fonctionne (masques, solutions hydroalcooliques, informatique, collations, etc). L’ARS (Agence régionale de santé) s’est engagée à prendre en charge les rémunérations des médecins, infirmiers, secrétaires et coordonnateur. Plusieurs bénévoles ont apporté leurs compétences (gestion, logistique, etc) et un appel aux dons a permis de récupérer des équipements supplémentaires. La Fondation de France a donné un financement pour certains matériels. Deux laboratoires de biologie médicale se sont impliqués dans l’initiative. Enfin les médecins, Samu et services d’urgence du secteur ont été informés de l’ouverture du centre. Au total sa mise en place a demandé une dizaine de jours.

Dans le gymnase, les circuits « patients » et « soignants » étaient distingués, en respectant le principe de « marche en avant » (orientation par marquage au sol, etc). Un circuit spécifique était dédié aux patients devant être hospitalisés. Chaises, bureaux, matériels médicaux étaient désinfectés entre chaque patient par les soignants. Les locaux étaient nettoyés chaque matin. Les patients n’étaient reçus que sur rendez-vous, par Centre 15, médecin généraliste ou hospitalier. Ils ne pouvaient pas en prendre un directement.

Une interface ville-hôpital

Initialement conçu pour désengorger les cabinets de ville, le centre a rapidement été positionné en interface ville-hôpital, accueillant notamment des patients ne relevant pas d’une hospitalisation d’emblée, par souci de ne pas surcharger les urgences hospitalières, ou encore des patients adressés par les services hospitaliers pour suivi.

Du 1er avril au 12 juin 2020, date de sa fermeture, le centre a été ouvert 60 jours (7 jours sur 7 les premières semaines). Il a réalisé 824 consultations, avec 11 patients nécessitant une hospitalisation. Sur les 498 consultations réalisées entre le 7 avril et le 15 mai, il s’agissait d’une consultation initiale pour 343 patients (69,6%). Parmi ces derniers, 199 (73,4%) avaient été adressés par leur médecin généraliste, 52 par le Samu-Centre 15 (19,2%) et 20 (7,4%) par d’autres professionnels de santé (données manquantes pour 72 patients).

Conformément aux recommandations ministérielles du 13 mars 2020, la réalisation de prélèvements à visée diagnostique n’a d’abord été faite que pour certains patients : ceux ayant au moins une comorbidité et/ou un critère de gravité, ceux ayant un risque d’exposition professionnelle (dont les soignants), ceux vivant avec des personnes fragiles. Au total, 280 patients en ont bénéficié, 41 ont été diagnostiqués positifs.

Tirer les leçons de l’expérience

Les auteurs soulignent l’implication importante de tous les acteurs concernés et l’intérêt de ce type d’organisation, « qui mériterait d’être porté par des structures professionnalisées » et de bénéficier d’un « budget en amont pour l’achat de matériel et la rémunération des professionnels susceptibles d’être mobilisés en urgence . » Mais ils regrettent que « fin septembre 2020, soit plusieurs mois après la fermeture du centre, seule la subvention de l’ARS couvrant les vacations du mois d’avril a été versée. Les professionnels de santé ayant réalisé des vacations dans le Centre au cours des mois de mai et juin n’ont toujours pas été rémunérés . »