COVID-19 : réfléchir avec l’INED sur les données de mortalité


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

C’est autour de 7 points spécifiques que l’INED, l’Institut National d’Études Démographiques nous invite à réfléchir sur les analyses comparant les données de mortalités par COVID-19 entre différents pays :

1- Décès dû au COVID-19 ou à une autre cause ?

Si les patients décédés à l’hôpital ont généralement été testés en amont, en revanche c’est moins souvent le cas pour les décès à domicile ou en institution. Et les critères retenus pour attribuer la cause d’un décès peuvent varier d’un pays à l’autre. L’analyse de la mortalité par COVID-19 en France ne pourra être réellement réalisée qu’à partir du recueil et de l’analyse des certificats médicaux de décès, ce qui nécessite du temps. De fait, l’excès de mortalité observé durant la période épidémique est un indicateur intéressant. En revanche, pour l’instant il n’est pas possible de déterminer dans cet excès de mortalité quelle est la part attribuable au COVID-19. Il faudra également distinguer les décès liés à une dégradation de l’état de santé par annulation ou report de soins médicaux des décès liés réellement au COVID-19. 

2- À quoi correspond le total de décès cumulé annoncé quotidiennement ?

Le délai entre la survenue d’un décès, sa déclaration à l’état civil, sa notification aux agences sanitaires et sa publication varie d’un pays à l’autre. Le délai légal de déclaration d’un décès en France est de 24 heures après sa survenue. Ainsi, le total cumulé de décès annoncé quotidiennement par les pays ne peut être qu’une donnée partielle souvent corrigée dans les heures ou jours suivants.

3- Les décès à l’hôpital, en institution ou à domicile sont-ils bien comptabilisés par tous les pays ?

Le recueil des décès en fonction du lieu de survenue du décès (établissement de soin, domicile, institution) varie selon l’organisation en place dans le pays considéré. Ainsi, en France par exemple, 60% des décès surviennent à l’hôpital, un peu plus d’un quart à domicile et 14% en institution. Jusqu’au 5 avril, le cumul journalier des décès par COVID-19 ne pouvait réellement concerner que les décès à l’hôpital. Ensuite, un système a été mis en place pour recueillir ces informations de manière quotidienne pour les décès en institutions. Les décès à domicile, eux, ne sont pas encore comptabilisés.

4- Comment déterminer la date de début de l’épidémie dans un pays ?

Bien qu’il n’existe pas de convention spécifique, ce sont les premiers décès qui permettent de dater le début de l’épidémie. Cependant, ils ne sont pas toujours faciles à dater, il faut donc attendre de cumuler un certain nombre de cas. Ainsi, la date de déclaration du 25e cas de COVID-19 a parfois été retenue, et indique par convention le « Jour 9 » de l’épidémie. Par cette méthode, en France, le début de l’épidémie a été estimé au 1er mars, en Allemagne au 14 mars, en Espagne au 29 février 2020.

5- À quoi sert de suivre les courbes des décès quotidiens et cumulés ?

Ces courbes servent à comprendre la dynamique et l’ampleur de l’épidémie et à mettre en place des mesures de lutte adaptées. Accélération, plateau, diminution sont autant de rythmes précieux à analyser au quotidien. La comparaison entre pays en fonction des mesures sanitaires mises en place est également riche en enseignement.

6- Peut-on estimer la mortalité à la taille d’une population ?

Plus que la taille de la population, c’est l’effectif exposé au risque qui importe. Ce qui fait appel à la notion de localisation, car l’ensemble d’une population d’un pays n’est pas exposé au même degré de risque, certaines régions sont plus impactées que d’autres, des évènements spécifiques (ex. rassemblement) ou facteurs d’attisement (ex. circulation, densité populationnelle) interagissent également. Confinement et mesures barrières ont pour objectifs de contenir la propagation des foyers. L’analyse par zone géographique apporte des enseignements riches. Ainsi en France, 61% du total des décès survenus lors de la première vague ont été concentrées sur deux régions (Grand Est et Ile-de-France) alors qu’elles ne représentent que 26% de l’effectif global de la population française.

7- Et l’âge et le sexe dans tout cela ?

La structure de la population par âge joue un rôle déterminant dans le nombre de décès. Au 28e jour de l’épidémie, on a pu noter des tendances assez similaires entre l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, avec entre 84 et 87% de mortalité chez les 70 ans et plus et entre 4 et 5% avant 60 ans. En revanche, les variations inter-pays sont plus fortes au-delà de 90 ans, avec 19% de mortalité pour cette tranche d’âge en Espagne et en France contre 13% en Allemagne et 9% en Italie.