COVID-19 : recommandations pour les cancers solides


  • Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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Un groupe de travail a été constitué sous l’impulsion du Haut Conseil de la Santé publique autour du Pr Benoit You. Il regroupe des oncologues et radiothérapeutes de différentes régions du secteur public et privé, et a eu pour objectif d’élaborer des recommandations sur l’infection à COVID-19 et les cancers solides à l’attention des professionnels de santé. Ces recommandations s’articulent autour de 3 points : la prévention de la contamination, la hiérarchisation des soins et l’organisation de la prise en charge des patients par les établissements. Ces recommandations viennent compléter les recommandations pour la population générale émises par les autorités de santé.

Les patients atteints de cancers solides sont-ils plus à risque dans ce contexte épidémique ?

Les patients souffrant de cancer sont effectivement plus à risque sur plusieurs points :

  • Le risque d’infection par COVID-19 serait plus important chez les patients atteints de cancer que dans la population générale. 
  • Le risque de complications respiratoires sévères nécessitant une prise en charge en réanimation serait également plus élevé chez les sujets souffrant de cancer (39% vs 8%, p=0,0003). Et la détérioration de la fonction respiratoire chez ces sujets serait plus de 3 fois plus rapide. 
  • Un antécédent de chimiothérapie ou de chirurgie dans les mois précédant l’infection multiplierait le risque de complication respiratoire sévère par plus de 5.

Prévention de la contamination

Les préconisations suivantes concernent tous les patients souffrant de cancer solide, et une attention toute particulière doit être portée aux sujets de >70ans et/ou aux porteurs de comorbidités. Ces recommandations comprennent l’impérative nécessité « d’éviter le contact de patients infectés par le COVID-19 avec les patients atteints de cancer » pour cela « le maintien à domicile » est important, et « la télémédecine » un outil de suivi essentiel. Dans ce même objectif, les formes orales des traitements sont à privilégier aux formes intraveineuses, et s’il y a un besoin d’injections intraveineuses, le recours à l’hospitalisation à domicile doit être préféré. Le groupe de travail appelle à « anticiper les stocks d’antiviraux à visée prophylactique qui pourraient se démontrés efficaces dans les semaines qui viennent à partir des données des essais cliniques en cours ». Un appel à la limitation des hospitalisations dans les services d’oncologie et de radiothérapie en particulier pour les patients qui pourraient être pris en charge par d’autres structures de soins (notamment pour des soins de support ou de confort). Les pauses thérapeutiques doivent être favorisées « dans les situations de cancer métastatique d’évolution lente ». Une anticipation du risque de neutropénie fébrile sous chimiothérapie doit être prévue lorsque celui-ci s’élève à 10-20% (voire

Hiérarchisation des soins

Les règles suivantes ne s’appliquent pas aux cancers pédiatriques ou hématologiques et elles restent consultatives, la décision finale appartenant au médecin référent. Toutes les interventions non urgentes doivent être déprogrammées. Pour les radiothérapies curatives et antalgiques, les ajustements seront décidés par le médecin référent avec pour cette dernière un renforcement du traitement antalgique. Pour la chimiothérapie, les protocoles hebdomadaires seront à éviter, et les chimiothérapies à visée curative (pré- et post-opératoire privilégiées). 

Organisation de la prise en charge des patients par les établissements

Les règles suivantes devront être adaptées entre les établissements et les Agences Régionales de Santé. Les patients atteints de cancer non touchés par le virus ou guéris pourront continuer leurs soins avec les ajustements évoqués ci-dessus. En revanche, ceux qui sont infectés par le virus verront leurs traitements oncologiques arrêtés le temps de la prise en charge de l’infection (sauf exceptions). Compte tenu de leur risque à développer une forme grave, ils devront en cas d’hospitalisation bénéficier d’une prise en charge prioritaire – dans un service autre que le service d’oncologie ou de radiothérapie – avec le suivi collaboratif de ces derniers. Aucun patient atteint du virus ne devrait être pris en charge par les services d’oncologie et de radiothérapie. Si malgré tout, une prise en charge dans un tel service ne peut être évitée, ces patients devront être isolés dans un secteur dédié du service.