COVID-19 : quoi de neuf sur le déconfinement au 23 avril 2020 ? (1)


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Le principal objectif du confinement est de ne pas saturer les capacités d’accueil des services hospitaliers, notamment ceux de soins intensifs (SSI) et de réanimation. Logiquement, le déconfinement est envisagé quand une fois atteint, cet objectif peut être maintenu. En pratique, trois questions se posent : Quand ? Comment ? Avec quelles conséquences ?

QUAND ?

Le nombre de personnes ayant besoin d’être hospitalisées dépend en premier lieu du nombre de personnes contaminées. La proportion du premier est estimé à 10-15% du second, mais avec de grandes incertitudes : on ne connaît pas exactement le pourcentage de personnes infectées mais a ou pauci-symptomatiques.

De plus, le nombre de personnes contaminées évolue avec la progression de l’épidémie. Celle-ci dépend d’abord de son « taux de reproduction de base », noté Ro (R zéro), c’est-à-dire du nombre moyen de personnes contaminées pour la première fois par un porteur du virus. Il doit être inférieur à 1 pour que l’allure de l’épidémie diminue. Au début du confinement, il était estimé en France entre 2,5 et 3. Un travail récent de l’Institut Pasteur (mais en préprint, donc non validé par un groupe d’experts) l’estime actuellement à 0,6, soit mieux que le 0,8 attendu, et en tout cas nettement sous la barre de 1. Cela signifie que la progression épidémique aurait été très ralentie grâce au confinement. Une étude de l’EHESP (École des Hautes Études en santé publique) indique que grâce à un mois de confinement 61.739 décès à l’hôpital auraient été évités et que sans confinement 104.550 lits de soins intensifs auraient été nécessaires, très au-delà de la capacité d’accueil actuelle.

Mais en définitive les seules données certaines sont celles du nombre des hospitalisations enregistrées. Après avoir considérablement augmenté, il est en train de baisser, lentement. En tout cas, la saturation des capacités hospitalières n’a pas été atteinte, ou du moins pas longtemps, notamment parce que le nombre de lits a été augmenté jusqu’à 14.000 environ et que des transferts de malades ont été organisés des régions les plus touchées vers celles qui le sont moins, voire vers l’étranger. Il est vraisemblable qu’à court terme, cette situation perdurera.

Dernier facteur à prendre en compte, le bien connu « d’abord ne pas nuire » cher aux professionnels de santé. Le confinement a en effet de graves inconvénients économiques et sociaux : accentuation des situations de précarité et des inégalités sociales (en particulier en matière scolaire), risque élevé de violences conjugales, risque de dégradation des prises en charge des pathologies non COVID-19, défaillances d’entreprises, dégradation des comptes publics, etc. C’est pour cela que la décision de lever le confinement ne peut pas être prise uniquement sur des critères épidémiologiques ou virologiques, mais relève du politique. La date du 11 mai semble être un compromis entre une date trop précoce (fin avril) et une date trop lointaine avec de nombreux inconvénients socioéconomiques graves (fin mai, comme le préconisent certains épidémiologistes).

Cela étant, la décision dépend aussi de la réponse au « comment » (article suivant, le 24 avril 2020).