COVID-19 : quoi de neuf sur la thrombogénicité au 21 avril 2020 ?


  • Agnès Lara
  • Actualités Médicales
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Une forte proportion de coagulopathie chez les patients décédés du COVID_19

Dans leur échantillon de 183 patients, Tang et collaborateurs ont observé une mortalité élevée (11,5%) chez les patients atteints de pneumopathie sévère à COVID-19. Parmi les sujets décédés, 71,4% présentaient un profil de coagulation compatible avec une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) contre seulement 0,6% chez ceux ayant survécu (selon les critères de l’International Society on thrombosis and Haemostasis, ISTH). Des taux élevés de D-dimères et de produits de dégradation de la fibrine, ainsi que des temps plus longs de prothrombine ont été associés à une évolution plus sombre des pneumopathies à COVID-19, suggérant que des tests de coagulation pourraient être utiles à l’orientation thérapeutique (Voir aussi sur Univadis) (1).

Un effet thrombogène additionnel du COVID-19

De manière générale, le risque thrombotique est accru chez les patients admis en soins intensifs et souffrant d’infections sévères. Mais il semblerait que le COVID-19 contribue de façon plus spécifique encore à ce risque par des lésions de l’endothélium, des thromboses microvasculaires ou encore par des mécanismes d’auto-immunité (2).

Les D-dimères prédictifs du risque de thrombose et de sévérité de la maladie

Une autre étude chinoise, portant sur 81 patients hospitalisés en unité de soins intensifs (USI) à l’hôpital de Wuhan pour une pneumopathie sévère à COVID-19 et sans thromboprophylaxie, a mis en évidence une prévalence élevée (20 patients, soit 25%) de thrombose veineuse des membres inférieurs associée à une importante mortalité (8 patients décédés sur 20, soit 40%) (3). Ce taux de thrombose veineuse est apparu plus important que celui retrouvé en l’absence de thromboprophylaxie en USI habituellement, de 13% à 31% (4). Le taux de D-dimère est apparu anormalement augmenté chez l’ensemble de ces patients, et un seuil ≥1,5 µg/mL a été retenu comme étant prédictif du risque de thrombose dans ce contexte (3). Depuis fin mars, l’ISTH recommande d’envisager l’hospitalisation des patients dont les taux sont 3 à 4 fois plus élevés que la valeur seuil, même en l’absence d’autres symptômes, en raison du caractère prédictif de ce paramètre concernant la sévérité de la maladie (5). 

Élargissement de la thromboprophylaxie

En cohérence avec ces résultats récents, l’équipe de Tang avait publié fin mars des résultats montrant une réduction de la mortalité chez les patients atteints d’un COVID-19 sévère avec coagulopathie (score SIC (Sepsis Induced Coagulopathy) ou taux de D-dimères élevés) et qui recevaient des héparines de bas poids moléculaire par rapport à ceux qui n’en recevaient pas (6). L’ISTH et l’American Society of Hematology  ont alors pris position en faveur d’un élargissement de la thromboprophylaxie par héparines de bas poids moléculaire (ou fondaparinux) à tous les patients hospitalisés pour un COVID-19 en l’absence de contre-indication (5).