COVID-19 : quels médicaments peuvent aggraver les symptômes ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Nos connaissances sur le nouveau coronavirus SARS-CoV-2 s’affinent de jour en jour. On sait désormais que la prise d’anti-inflammatoires est soupçonnée d’aggraver cette infection mais que doivent faire les patients sous traitement chronique ? D’autres classes médicamenteuses sont-elles à éviter ? Un site internet a été créé pour informer les patients ayant des symptômes de COVID-19 sur l’impact potentiel de leurs traitements en cours.

Anti-inflammatoires : un risque de complication infectieuse

En avril 2019, alors que le SARS-CoV-2 était encore inconnu, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) nous avait déjà alerté sur le risque de complications infectieuses graves lors de l’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour traiter la fièvre ou la douleur dans un contexte infectieux. Il en est de même avec le COVID-19 : la prise d'anti-inflammatoires (AINS et corticoïdes) pourrait être un facteur d'aggravation. Ces traitements ne doivent donc pas être pris pour traiter la fièvre ou la douleur liées au COVID-19. L’utilisation du paracétamol est à privilégier en respectant les règles de bon usage.

En revanche, les patients actuellement traités par corticoïdes ou autres immunosupresseurs pour une pathologie chronique ne doivent pas interrompre leur traitement, sauf avis contraire de leur médecin.

Quid des anti-hypertenseurs ?

Un article du Lancet Respiratory Medecine publié le 11 mars 2020 a émis un doute sur un potentiel effet néfaste de certains anti-hypertenseurs sur l’infection au SARS-CoV-2. Cet article s’est intéressé aux patients diabétiques et hypertendus qui sont des sujets à risque d’infection COVID-19 sévère.

D’après cet article, le SARS-CoV-2 se lie à ses cellules cibles via l’enzyme de conversion de l’angiotensine II (ECA II) qui est exprimée par les cellules épithéliales des poumons, de l’intestin, des reins et des vaisseaux sanguins. L’expression de cette enzyme est augmentée chez les patients diabétiques de type 1 et 2 et chez les patients hypertendus traités par inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC) et par antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (ARA-II ou sartans). L’expression de cette enzyme peut également être augmentée par la prise de thiazolidinediones (antidiabétiques oraux) et d’ibuprofène.

L’enzyme de conversion de l’angiotensine II permettant la fixation du SARS-CoV-2 aux cellules épithéliales, on peut supposer que l’augmentation de son expression en cas de traitement par IEC et sartans pourrait faciliter l’infection COVID-19 et le risque de développer une forme sévère.

Les données de cet article suggèrent une hypothèse qui reste à confirmer.   En l’absence de preuves validées scientifiquement et/ou cliniquement, il n’est pas question d’arrêter les traitements en cours par IEC et sartans car cela aurait d’importantes répercussions sur la santé des patients. Cet article a plutôt pour objectif de sensibiliser au fait qu’il est important de considérer les patients ayant des pathologies cardiaques, une hypertension ou un diabète traités par des médicaments pouvant augmenter l’expression de l’ECA, comme les IEC et les sartans, comme étant des patients à risque d’infection COVID-19 sévère qui doivent être particulièrement surveillés. Il n’a pas été retrouvé de données suggérant que les antihypertenseurs de type antagonistes calciques augmentent l’expression de l’ECA. Ils pourraient donc représenter une alternative chez ces patients, le cas échéant.

Un site internet pour informer les patients sur leurs traitements

Un site internet ( www.covid19-medicaments.com ) élaboré par la société Synapse Medicine en partenariat avec le Réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) et le Département hospitalo-universitaire de pharmacologie de Bordeaux, permet aux patients ayant des symptômes de COVID-19 de vérifier si un médicament présente un risque potentiel d’aggraver leur infection.

Un moteur de recherche permet d’indiquer le nom d’un médicament. Le patient doit ensuite préciser si celui-ci lui a été prescrit par un médecin et s’il le prend de façon quotidienne ou quasi quotidienne pour traiter une maladie chronique. En fonction de ces indications, le résultat ne sera pas le même car si l’initiation d’un anti-inflammatoire en auto-médication est à proscrire, il n’est pas question que le patient arrête un traitement au long cours prescrit par un médecin sans avis médical. Le patient peut être invité à contacter son Centre Régional de Pharmacovigilance (CRPV).