COVID-19 : quelle létalité ? combien de personnes immunisées ? quelle efficacité du confinement ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Afin d’orienter les stratégies de déconfinement, il est nécessaire de pouvoir estimer la proportion de la population infectée par le COVID-19 et immunisée, d’identifier les patients les plus à risque de forme grave ainsi que l’impact des mesures de contrôle de l’épidémie mises en place. Pour cela, les chiffres annoncés quotidiennement par le directeur général de la santé ne sont pas suffisants. En effet, le nombre d’hospitalisations et de décès ne reflète que les cas les plus graves et le nombre de cas confirmés ne représente que les patients ayant pu être testés, soit essentiellement les cas hospitalisés et les professionnels de santé. Qu’en est-il du nombre de Français ayant eu une forme asymptomatique ou suffisamment bénigne pour ne pas aller à l’hôpital, voire ne pas consulter du tout ? La réponse à cette question est cruciale car si une majorité de la population a déjà été infectée, la transmission du virus pourrait se ralentir et les mesures strictes de contrôle de l’épidémie mises en place pourraient être assouplies.

Un travail de modélisation mathématique à partir des données disponibles, auquel a notamment participé l’institut Pasteur, a tenté de répondre à ces questions. Les estimations réalisées se sont par exemple basées sur l’analyse détaillée du cluster identifié sur le bateau de croisière Princess Diamond où tous les passagers ont été testés. Sur 3.711 passagers, 719 ont été infectés et 13 sont décédés. En couplant les données hospitalières françaises de surveillance passive avec la surveillance active réalisée sur le Princess Diamond , des estimations comme le risque d’être hospitalisé quand on est infecté ont pu être faites et s’ajouter aux données connues.

Il a ainsi été estimé que :

  • 2,6% des personnes infectées par le SARS-CoV-2 sont hospitalisées (allant de 0,09% pour les femmes de moins de 20 ans à 31,4% pour les hommes de plus de 80 ans).
  • Une fois hospitalisés, 18,2% des patients entrent en unité de soins intensifs après un délai moyen de 1,5 jour. La probabilité d’être admis en soins intensifs augmente avec l’âge jusqu’à 70 ans puis diminue.
  • Globalement, 0,53% des patients infectés décèdent, allant de 0,001% pour les patients de moins de 20 ans à 8,3% pour ceux de plus de 80 ans. En revanche, si l’on considère les patients hospitalisés pour COVID-19, 20,0% décèdent.
  • Les hommes ont un risque plus important que les femmes d’être hospitalisés (RR : 1,26 [1,21-1,31]), d’être admis en soins intensifs une fois hospitalisés (RR : 1,69 [1,61-1,78]) et de décéder (RR : 1,45 [1,26-1,74]), quelle que soit la tranche d’âge.
  • Le confinement a permis de réduire le taux de reproduction du virus de 3,3 à 0,5, ce qui représente une réduction de 84%.
  • Le 11 mai, date prévue pour un assouplissement du confinement, il est estimé que 3,7 millions de Français (de 2,3 à 6,7) soit 5,7% de la population (de 3,5 à 10,3%), auront été infectés. Cette proportion pourrait être de 12,3% (de 7,9 à 21,3%) en Ile-de-France et de 11,8% (de 7,4 à 20,5%) dans le Grand Est, les deux régions les plus touchées par l’épidémie. On peut supposer/espérer que les patients ayant déjà été infectés soient immunisés, au moins temporairement, mais le taux d’immunisation de la population à la sortie du confinement sera vraisemblablement insuffisant pour éviter une seconde vague si toutes les mesures de contrôle sont levées le 11 mai. En effet, avec un taux de reproduction du virus de 3,3, on estime qu’environ 70% de la population doivent être immunisés pour que l’épidémie soit contrôlée uniquement par l’immunité.

D’après les modèles de projection utilisés, en se basant sur le fait que les admissions en soins intensifs sont passées de 700 par jour fin mars à 220 le 14 avril, si cette tendance se poursuit, on peut estimer que le 11 mai le taux quotidien d’admissions en soins intensifs se situera entre 10 et 45, le nombre de lits occupés en soins intensifs par des patients atteints de COVID-19 se situera entre 1.370 et 1.900 et le taux quotidien d’infections sera de 1.300 (de 840 à 2.300). Ces estimations sont bien sûr à considérer avec une grande prudence car les choses peuvent changer rapidement, de nombreux facteurs connus ou non pouvant entrer en jeu d’ici-là...