COVID-19 : quelle est la réalité du terrain ? Témoignage du Dr Benjamin Davido, médecin infectiologue référent

  • Véronique Duqueroy
  • Dr Benjamin Davido
  • 14 mars 2020

  • Actualités Médicales par Medscape
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La France compte désormais plus de 3600 cas confirmés de SARS-CoV2. Le pays se dirige-t-il vers un scenario à l’italienne ? Quelles sont les mesures prises actuellement dans les hôpitaux ? Sont-elles suffisantes ? Quels conseils les infectiologues peuvent-ils donner aux professionnels de santé ? Le Dr Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, médecin référent de crise COVID-19, et référent médical du Plan Blanc, a répondu aux questions de Medscape.

Medscape : Quelle est la situation actuelle dans votre hôpital?

Benjamin Davido : Depuis le début de cette semaine, nous avons une augmentation inquiétante et très importante des cas. Actuellement nous recevons 1 demande téléphonique d’évaluation de dépistage toutes les 2 minutes, et 1 demande d’évaluation d’un patient suspect ou déjà positif toutes les 10 minutes (pour lequel on cherche un lit d’hospitalisation). Nous avons dû assigner 2 médecins à temps plein à cette tâche.

Parallèlement, aujourd’hui (le 13 mars), en consultation ambulatoire de dépistage des soignants suspects, 40% sont revenus positifs au SARS-CoV-2. On a atteint un niveau de contamination en milieu communautaire préoccupant qui témoigne que le virus circule à l’extérieur mais aussi à l’intérieur des hôpitaux. Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’il y a 10 jours nous étions proche de 0%… Cette augmentation n’est pas le fruit du hasard.

Lorsque nous n’avions qu’une quarantaine de cas en France, nous comptions sur les établissements de santé de référence (ESR) de niveau 1, comme l’hôpital Bichat ou la Pitié-Salpêtrière à Paris, pour absorber le flux de malades. Maintenant que nous avons dépassé la barre des 3000 personnes contaminées, il est évidement que la douzaine d’ESR de niveau 1 sur le territoire ne suffit plus. Désormais, les établissements de deuxième ligne, comme notre hôpital, sont à leur tour à flux tendu.

Nous avons dû nous adapter et mettre en place des unités COVID-dédiées. Nous avons aujourd’hui une unité de 11 lits, prévue pour s’agrandir jusqu’à 20 lits d’ici la semaine prochaine. Les établissements n’ont désormais plus le temps ni la place pour accueillir et répondre à la demande de dépistage. Jusqu’à il y a encore 15 jours, le dépistage des patients suspects devait se faire en secteur d’hospitalisation avec mesures de confinement ; aujourd’hui ce n’est plus possible car ces places sont occupées par des cas positifs avérés. Dès lors, la suspicion et le dépistage se font aux urgences, ce qui correspond à un stade 3 de la gestion de la crise, alors que cela n’a pas encore été officiellement activé, ce qui témoigne d’une réelle tension sur le flux de patients arrivant dans les hôpitaux.

Y-a-t’il des structures annexes à l’hôpital pour permettre le dépistage?

Certains hôpitaux ont installé des tentes en amont des services d’urgences, mais encore faut-il en avoir la capacité : avoir la place et le nombre suffisant de soignants ! Et ces tentes permettent seulement de faire un diagnostic ambulatoire, elles ne permettent pas d’accueillir les patients jugés fragiles ou présentant une forme sévère justifiant d’une hospitalisation en secteur d’isolement dédié.
 
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